Décumul or not décumul ?

Cela a commencé il y a bientôt de deux semaines par des socialistes déclarés " infréquentables " par le président du CDH ; mais devant l’incapacité de Benoît Lutgen à mettre rapidement en place une alternative, le débat s’est rapidement porté sur le cumul des mandats.

Ecolo prend la main

Se sachant " dragué " pour constituer une éventuelle majorité de rechange, Ecolo en a profité pour remettre à l’agenda l’une de ses anciennes et traditionnelles revendications. Il est vrai également que le climat actuel lié à la multiplication des affaires illustre très bien ce à quoi peut mener une trop grande concentration de pouvoirs différents dans les mains de quelques-uns.

Face à cela, les trois partis traditionnels renâclent. Au MR, on veut s’en tenir à la règle du Parlement Européen : pas de cumuls député-bourgmestre dans les villes de plus de 50 000 habitants. Au cdH, on continue à vanter les mérites des cumuls au nom de l’ancrage local.

Au Parti Socialiste, l’heure est au revirement. A l’automne, il s’en est fallu d’un cheveu que le PS comme le cdH ou le MR, ne fasse marche arrière sur les règles anti-cumul en vigueur au Parlement de Wallonie.

Avec les affaires, la direction du PS a revu sa copie. Face à la grogne de la base, Elio Di Rupo a fini par se prononcer pour un décumul intégral : un élu un mandat. Les Fédérations du parti devaient ensuite se prononcer. Avant le congrès de ce dimanche, la balance penche plutôt en faveur d’un " décumul des rémunérations " … un terme cache-sexe pour maintenir un cumul des mandats, mais juste un peu moins payé !

Cela résonnerait comme un désaveu pour Elio Di Rupo, Paul Magnette voire Laurette Onkelinx qui se sont prononcés pour un réel décumul. Les cadres intermédiaires du parti ne l’entendent visiblement pas de cette oreille.

Une culture du cumul

Pourtant, le PS n’a pas le choix… et c’est Jean-Claude Van Cauwenberghe qui le rappelle (Le Soir, 29/06) : notre crédibilité est tellement atteinte que nous ne pouvons plus faire dans la demi-mesure. Il est vrai que, lui, quand il était devenu ministre-président, il avait purement et simplement démissionné de ses fonctions de bourgmestre, ce que ses successeurs (Di Rupo, Demotte, Magnette) n’ont pas fait. Et de justifier : Sur le plan régional, il va naître une nouvelle génération politique qui va démontrer que c’est son mandat principal et prioritaire. Quant à la voix des communes, nécessaire dans tous les parlements régionaux, les conseillers communaux sont à même de la porter.

La Belgique reste une exception en Europe en matière de cumul entre responsable d’un exécutif local et parlementaires. La France vient d’interdire ce cumul, comme c’est le cas en Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, etc…

Il est à noter que la Flandre, elle, ne se pose même pas la question ! Bart De Wever ne vient quasiment jamais à la Chambre, réservant son temps à sa ville et à son parti. Cela fait aussi une solide économie pour le budget anversois qui ne doit pas lui verser l’intégralité de son salaire de bourgmestre (Elio Di Rupo et Benoît Lutgen sont dans des situations similaires, même s’ils sont un peu plus actifs à la Chambre).

Le cumul des mandats, la concentration des pouvoirs est une spécialité belge et on semble loin de trouver une majorité politique pour revoir cette "exception culturelle".

@PhWalkowiak

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK