De Wever: le repli identitaire pour seule réponse

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le débat sur les migrants trace des lignes de fractures au sein de la société " belge " au point que cette question finit par reposer les fondements de notre vivre ensemble. Même s’il reste souvent passionné, ce débat met aussi en exergue les motivations et les objectifs de l’action politique.

Caricature

Longtemps, cette question en est restée aux raccourcis simplistes ; on passait allègrement de l’hôtel payé aux migrants du gouvernement Leterme à la fermeté envers les Afghans du gouvernement Di Rupo, incarné par Maggie De Block, personnalité populaire (ce qui n’aura profité en rien à son parti du point de vue électoral).

Avec Theo Francken et l’équipe Michel, on est longtemps resté dans la même logique : les Syriens puis les Soudanais remplaçant peu ou prou les Afghans. On gardait le même discours : une politique d’asile " ferme et humaine ", comme s’il en existait une version " laxiste et inhumaine " !! Toutefois, cette politique était à présent, assumée et revendiquée.

La réalité a cependant évolué ces dernières semaines, après le renvoi des Soudanais vers un pays où la torture reste pratiquée, après surtout la publicité que Theo Francken a voulu en donner, après que le Premier Ministre eut été contraint de tout assumer pour assurer la stabilité de son attelage fédéral et surtout après que l’on se soit aperçu que cette " plateforme citoyenne " qui accueille les migrants était bien autre chose qu’une bande de bobos gauchistes mais surtout des familles, parfois avec enfants, qui prennent en charge ces réfugiés, sans se poser d’autre question que d’une simple humanité. La police elle-même en finit par se poser des questions sur le rôle que le politique veut lui faire jouer. Un nouveau Calais (plus de 10.000 réfugiés) ne menace pas de se former dans le parc Maximilien (quelques centaines au plus) ; un mouvement citoyen au-delà des clivages partisans tend à le démontrer, et supplée une politique inadéquate.

Idéologie

Puisque la confrontation semble lui échapper dans l’opinion, Bart De Wever se devait de réagir sur le plan idéologique. Le président nationaliste défend " son " modèle de société, le " eux " contre " nous ", cette fois la menace cosmopolite contre les fondements de notre identité.

C’est un des ressorts classiques de la droite nationaliste d’opposer ainsi identité et cosmopolitisme (Vincent de Coorebyter in Clivages et partis en Belgique , p.71 sv).

Selon Bart De Wever, l’arrivée de réfugiés ( favorisée par la " gauche ", appellation générique d’un adversaire sans visage) menace la Sécurité Sociale, retrouvant insidieusement le cheminement de cet étranger friand d’allocations sociales). Bart De Wever tente de placer le débat au rang de la morale : Il y a 37 millions de Soudanais, qui veulent sans aucun doute une vie meilleure. Avons-nous l'obligation morale de recevoir tous les 37 millions ? Le débat de l’heure n’est pas celui-là ; Bart De Wever rappelle sa préférence d’une immigration choisie.

Le leader nationaliste met dans la balance la pérennité de la Sécurité Sociale, jouant sur les peurs. Il y a un an, c’est le même qui prônait pourtant de réaliser des économies dans la Sécurité Sociale. Cette dernière est bien plus menacée par le vieillissement de la population, la baisse des cotisations ou une structure du marché de l’emploi où se retrouvent 150.000 offres d’emplois non-satisfaites au milieu de 350.000 chômeurs que par l’arrivée de quelques centaines de réfugiés qui de toute façon ne tiennent pas à rester en Belgique.

Le populisme, l’attisement des peurs et le repli identitaire ne sont-ils finalement pas des menaces plus grandes ?

 

@PhWalkowiak

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