De Wever : l'oracle fêlé d'Anvers

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

En quatre jours, la situation aurait-elle à ce point changé qu’il faille réduire la " bulle sociale " à de simples gouttelettes ou l’inertie des autorités anversoises a-t-elle poussé le Conseil National de Sécurité à prendre des mesures générales dans tout le pays, même là où aucun cas n’est réapparu, masquant ainsi un dysfonctionnement majeur de notre système institutionnel ?

Y a-t-il un problème De Wever ?

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, Bart De Wever constitue un de personnages politiques les plus brillants de sa génération. Stratège, idéologue, cultivé, il a transformé une petite formation nationaliste avec un seul parlementaire en 2003 en premier parti du pays, incontournable dans le paysage politique. Président de ce premier parti, le Roi ne vient-il d’ailleurs pas de lui confier enfin la mission de former (en compagnie de Paul Magnette) un gouvernement fédéral, plus de 400 jours après les élections ?

Mais les grands idéologues font parfois de piètres gestionnaires. On a même l’impression que Bart De Wever envisage la crise du Covid-19 bien plus sous l’angle idéologique et politique voire institutionnel que pragmatique et sanitaire.

Bart De Wever (comme les siens) a minimisé les risques dès le début la pandémie, freiné sur le confinement, poussé à la reprise rapide pour raisons économiques ou fait en sorte que ses ministres du gouvernement flamand annoncent des mesures la veille des réunions du CNS. La Flandre ne pouvait donner l’impression de suivre les injonctions fédérales mais plutôt d’incarner le moteur de ces décisions. Toujours l’idéologie. Mais celle-ci ne suffit quand sa ville, la plus grande du pays, devient la seule (ou presque) à constituer un problème sanitaire grave. Les imprécations et autres diatribes anti-fédérales ne suffisent plus. Le nombre de ministres de la Santé ne suffit plus à masquer la réalité anversoise. Pire. La réalité a rattrapé l’idéologue De Wever. L’oracle parle dans le vide.

Rivalités

Comble de la détresse, le nationaliste compte d’une certaine manière sur la solidarité des Bruxellois et des Wallons pour dissoudre voire camoufler la responsabilité anversoise dans une réalité belge.

C’est toute la Belgique que l’on reconfine là où par exemple, en Allemagne, les autorités n’ont reconfiné que des parties de Land problématiques. En Allemagne, le reconfinement total est décrété à partir d’un taux de 50 infections/100.000 habitants. A Anvers, ce taux est à présent de… 108 !

A titre de comparaison dans les deux autres villes belges de plus de 200.000 habitants : ce taux est de 9 à Gand et de 17 à Charleroi. Sans commentaire.

Dans la métropole, la gouverneure a dû reprendre la main. On notera qu’à Anvers, on entend peu les alliés Open VLD ou SP.A de la N-VA. Place donc à la gouverneure Cathy Berx (ex-députée CD&V, dont le parti a été exclu de la majorité anversoise après les dernières communales par Bart De Wever) qui impose le couvre-feu.

Face à cela, le bourgmestre d’Anvers n’a plus que la démesure de son outrecuidance, en arrivant presque à souhaiter que d’autres régions du pays soient aussi infectées de la sienne !

Reste que dans le même temps, Bart De Wever (bourgmestre de la principale ville de Flandre et président du 1er parti néerlandophone) doit s’accorder avec Paul Magnette (bourgmestre de la principale ville de Wallonie et président du 1er parti francophone) avant de retrouver le Roi ce vendredi.

La situation sanitaire (mais aussi idéologique) pèsera-t-elle sur la crise politique ?

@PhWalkowiak

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