De passe-droits en corruption

A moins que quelque chose de drastique ne se produise, cette semaine sera celle au cours de laquelle les républicains passeront en force des baisses d’impôts qui ajouteront des milliers de milliards de dollars à la dette fédérale tout en venant saboter la couverture santé de millions de gens. Et ce, en violant toutes les normes qui prévalaient auparavant en termes de législation de premier ordre, en n’ayant organisé aucune audience préalable et en ayant précipité le vote avant que le nouveau sénateur de l’Alabama n’ait pris ses fonctions.

La question est de savoir pourquoi ils agissent ainsi. Car ce projet de loi n’est pas un simple crime en termes de mesure ; il semble bien que ce soit également une grosse erreur sur le plan politique. Par contre, cela sera positif, d’une manière ou d’une autre, pour les comptes en banque de quelques membres républicains au Congrès. Est-ce la raison pour laquelle il va passer ?

En ce qui concerne la politique : normalement, les politiques désireux d’aggraver la dette de milliers de milliards de dollars peuvent donner suffisamment de petites choses pour que leurs projets soient populaires, du moins pendant un temps. Les baisses d’impôts initiées par George W. Bush ont été extrêmement favorables aux riches par rapport à la classe moyenne, mais elles comportaient suffisamment de baisses d’impôts très claires pour la classe moyenne pour obtenir l’aval des gens, du moins au début.

Par contre, ce projet de loi est confronté à un fort rejet. Les électeurs lambda ne peuvent peut-être pas analyser tous les détails, mais ils ont compris que le projet de loi est un cadeau aux grandes entreprises et aux riches et que cela finira par être néfaste à la plupart des familles. Ce point de vue négatif n’est pas près de changer.

Néanmoins, les républicains persistent. Pourquoi ?

L’une des réponses pourrait bien être qu’ils sont réellement persuadés que les baisses d’impôts vont générer un gigantesque boom économique.

Le consensus est quasiment unanime parmi les experts quant au fait que rien de la sorte ne va se produire – mais les républicains sont en guerre contre l’expertise dans tous les domaines. (Parmi les termes désormais interdits par les Centres de Contrôle des Maladies et pour la Prévention, l’on trouve "basé sur des preuves" et "basé sur la science").

L’on se retrouve donc avec des gens comme ce membre du Congrès républicain qui a dit à John Harwood de CNBC que ses collègues lui avaient dit qu’il existe des prévisions de profits gigantesques (ce n’est pas le cas) et qu’il ne sait pas quelles sont ces prévisions mais qu’il a confiance en son parti.

Une autre réponse pourrait être que les républicains sont persuadés que leurs victoires législatives leur font inscrire "des points au tableau" qui aident leurs projets électoraux, même si leurs projets de loi sont impopulaires. Les responsables de l’administration Obama pensaient la même chose en 2009 – mais ils avaient tort : de formidables victoires législatives en termes de relance économique, de couverture santé et de réforme financière ne firent rien pour empêcher ces défaites désastreuses aux élections de mi-mandat de 2010.

La dernière explication possible, et la plus perturbante, pour le comportement de ceux qui font les lois chez les républicains, c’est qu’ils soutiennent une loi, sachant très bien qu’elle est mauvaise pour le pays et leur parti, mais parce qu’elle leur est bénéfique sur le plan personnel.

Certains républicains sont assez ouverts sur le fait qu’ils se sentent obligés de faire passer ces baisses d’impôts pour les grandes entreprises pour donner satisfaction à leurs donateurs. Mais je parle ici de plus que les finances de campagne ; je parle de bénéfices personnels.

Des pots de vin purs et simples ne sont pas le problème, même si des échanges commerciaux basés sur des rapports étroits entre des entreprises concernées par cette législation pourraient bien être plus importants que ce qu’imaginent la plupart des gens. Mais le principe de la porte tournante est encore plus important. Lorsque les membres du Congrès quittent leurs postes, volontairement ou non, leur emploi d’après est très souvent lié à du lobbying.

Voilà qui leur donne une bonne motivation pour faire en sorte que les gros portefeuilles restent heureux, et peu importe ce qu’en pensent les électeurs.

Un effet pervers de cette motivation, c’est que les défaites électorales récentes des républicains ont renforcé la détermination du parti à faire des choses qui ne sont pas populaires. Imaginons que vous représentiez un district à sensibilité légèrement républicaine, mettons en Californie ou à New York. Avec ce qui ressemble de plus en plus à une vague démocrate, vos chances de garder votre siège l’an prochain semblent faibles, quoi que vous fassiez – il est donc temps de vous concentrer sur comment faire plaisir à vos futurs employeurs sur K Street (ndlt : c’est l’une des avenues principales de Washington DC sur laquelle on trouve un grand nombre de groupes de lobbying et de réflexion).

Et lorsque l’on parle du Sénat, gardez en tête qu’un grand nombre de sénateurs sont riches, personnellement, ce qui signifie qu’ils pourraient bien vaciller en faveur de mesures qui font accroître leurs fortunes personnelles. Ce qui nous amène au "dessous-de-table Corker".

Le Sénateur Bob Corker, citant des inquiétudes quant aux déficits, a été le seul républicain à voter contre la version du projet de loi fiscale présentée au Sénat. Pourtant, aujourd’hui il dit qu’il votera en faveur de la version finale qui n’est pas meilleure du tout en termes de probité fiscale. Qu’est-ce qui a changé ?

Eh bien une chose a changé, et c’est l’apparition d’une disposition qui n’était pas dans le projet de loi présenté au Sénat : les entreprises d’immobilier ont été ajoutées à la liste des entreprises qui  "ont un passe-droit" afin que leurs propriétaires obtiennent des taux d’imposition beaucoup moins élevés. L’on peut arguer que ces dispositions, qui sont des passe-droits, sont l’aspect le pire du projet de loi. Ils vont ouvrir le système fiscal à une quantité gigantesque de trafic, d’exploitation de niches fiscales légales afin d’éviter de payer des impôts.

Mais une chose qu’ils feront également, grâce aux ajouts de dernière minute, c’est de proposer de gigantesques baisses d’impôts à de hauts responsables élus qui possèdent beaucoup de produits immobiliers qui rapportent de l’argent  - des hauts responsables comme Donald Trump et, oui, oui, Bob Corker.

Corker affirme qu’il n’a joué aucun rôle dans l’ajout de cette disposition. Mais il n’a proposé aucune autre explication cohérente quant à son changement d’avis à propos du vote en faveur d’un projet de loi qui fait exploser les déficits.

L’on ne saura peut-être jamais ce qui s’est passé avec Corker. Mais il y a toutes les raisons de croire que les républicains au Congrès se font dicter leur conduite par un président qui utilise ouvertement son poste pour s’enrichir. Bye bye idéologie, bonjour corruption.

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