De la migration au théâtre, du théâtre aux affaires courantes

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La politique belge a le chic des solutions alambiquées, incompréhensibles, boiteuses et suffisamment hermétiques pour quechacun s’y retrouve… à l’exception généralement de la très grande majorité des citoyens.

La Belgique a déjà conçu un système institutionnel semblant être sorti du génie démoniaque d’un savant fou sous ecstasy, mais elle a le chic pour faire chaque fois plus fort.

Place donc au Premier ministre qui ne représente pas son gouvernement tout en représentant son pays muni d’une autorisation provenant d’un pouvoir sur lequel il n’exerce aucune tutelle et sur une matière qui ne concerne pas le susdit pouvoir (art.167 de la Constitution) ! ( phrase à relire trois fois)

La N-VA, comme un chien qui court après sa queue…

Face à une N-VA qui renie sa parole, Charles Michel a cette fois choisi la confrontation. La Belgique sera à Marrakech, il s’y est engagé devant l’ONU. Impossible de faire marche arrière, surtout que cela placerait la Belgique aux côtés des pays européens à régime populiste et/ou d’extrême-droite.

Prise de court, la N-VA a multiplié les ultimatums qu’elle n’a pas pu tenir : pas question de majorité alternative, pas de déplacement à Marrakech et à présent, nouvelle ligne rouge, ne rien avaliser à l’ONU le 19 décembre.

Les nationalistes tentent également de minimiser la portée du voyage du Premier à Marrakech : puisqu’il n’a pas le soutien du gouvernement, Charles Michel y sera quasiment en touriste, a-t-on entendu.

Autre insistance de la N-VA : que Charles Michel spécifie clairement qu’il ne représente pas le gouvernement. Dur pour un Premier Ministre en déplacement officiel. Mais la N-VA nous habitue aussi à des revirements.

Et pendant ce temps…

Sur l’attitude à adopter ou la portée du déplacement marocain, il y a pratiquement autant d’avis que de chapelles de constitutionnalistes. Il en va de même sur l’attitude à adopter devant l’ONU à New-York.

Cette actualité, bien qu’essentielle pour l’image de la Belgique en Europe, éloigne également l’activité politique des autres préoccupations de l’heure : pouvoir d’achat, pensions, emploi, mobilité, climat, etc.

La Belgique risque de se retrouver en affaires courantes pendant un an : d’ici les élections du 26 mai, car même si le gouvernement ne tombe pas, il sera difficile d’encore prendre des décisions efficientes. La présente crise risque aussi de retarder la mise en place du prochain exécutif fédéral.

Le spectacle actuel, même s’il porte sur des enjeux importants, reste affligeant tant il porte bien plus sur la symbolique et les petits jeux politiciens que sur le fondement même de la problématique de la migration.

Ce n’est pas la séquence actuelle qui va réconcilier le politique et le citoyen !

 

@PhWalkowiak

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK