De la démocratie (et du coup d'Etat) en Amérique

De la démocratie (et du coup d’Etat) en Amérique
De la démocratie (et du coup d’Etat) en Amérique - © Tous droits réservés

La tentative de prise du capitole est un événement politique majeur. Alexis de Toqueville auteur du classique "De la démocratie en Amérique", pourtant conscient des forces et des faiblesses de la démocratie américaine, ne l’aurait sans doute pas imaginé. Comment qualifier ce qui s’est passé hier ? Est-ce qu’on peut parler d’une tentative de coup d’Etat ?

Insurrection ?

Alors au premier abord tous les ingrédients d’un "coup d’État" ne sont pas réunis. Pour les historiens et politologue, un coup d’État qualifie une prise du pouvoir émanant d’une personne investie de l’autorité. Une prise du pouvoir qui utilise des moyens illégaux et le plus souvent violents. Au premier abord, on peut qualifier les événements d’hier d’émeutes. CNN parlait aussi hier d’une "insurrection". C’est-à-dire un mouvement populaire qui tente de prendre le pouvoir, ou de l’affaiblir.

Un mouvement qui plonge loin dans l’histoire des Etats-Unis. Les manifestants hier, avaient sans doute en tête la phrase de Thomas Jefferson, père fondateur et troisième président des Etats Unis : “Une petite rébellion de temps en temps, c’est comme un orage qui purifie l’atmosphère” ou encore celle-ci “Se révolter contre la tyrannie, c’est obéir à Dieu.” Jefferson est une des sources du libertarisme américain cette philosophie anti-état, et radicalement individualiste. Hier devant le capitole au milieu de drapeaux américains et ceux de Trump il y avait beaucoup de drapeaux Libertariens. Un drapeau jaune orné d’un serpent à sonnette. Un animal qui prévient avant d’attaquer. Et qui ne se laisse pas marcher dessus. "Dont tread on me" la devise des libertariens américains est reprise aux premiers colons américains révoltés contre les Anglais. Ce que nous avons vu hier est un acte insurrectionnel qui plonge ses racines dans une longue tradition d’extrême droite américaine qui instrumentalise le libertarisme en le mélangeant au racisme au nationalisme et a la violence politique.

…Ou coup d’Etat ?

Cette tradition, Donald Trump l’a revendiquée et utilisée. Ce qui veut dire qu’on peut rediscuter de l’expression “coup d’Etat”. Car ce qui s’est passé hier est la conséquence directe de multiples appels à la rébellion d’une personne investie d’une autorité : le président américain. Pire encore, il a lui même tenté d’organiser ce coup d’Etat. Lors de la séance d’hier, Donald Trump à lui-même demandé à son vice président Mike Pence (qui présidait la séance) de ne pas reconnaître le résultat. C’est un acte illégal. Pour se maintenir au pouvoir il a fait pression sur de nombreux élus pour qu’ils sombrent dans l’illégalité et contourne le résultat des urnes. A ce titre, sur l’ensemble de la séquence, nous assistons bien à un coup d’Etat, c’est-à-dire à une personne investie d’une autorité qui tente un renversement du pouvoir de façon illégale et souvent brutale.

La violence d’hier n’est d’ailleurs qu’un élément du coup d’Etat. C’est le plus symbolique, mais pas le plus grave. La tentative est en œuvre depuis plusieurs mois maintenant, depuis que Donald Trump a décidé de rester au pouvoir par tous les moyens, y compris des moyens illégaux. Il ne faudrait pas grand-chose pour que tout ceci fasse l’objet d’une procédure judiciaire et que Donald Trump vole en prison pour haute trahison.

Le trumpisme est violent et antidémocratique

La violence est le point final, mais aussi le point de départ du trumpisme. Dès le départ, le trumpisme était violent. Chacun des mensonges de Donald Trump était déjà porteur d’insurrection. Donald Trump a délibérément détruit le “sens commun démocratique”. Cet espace où les citoyens peuvent se reconnaître malgré leurs différences dans un espace politique commun. S’il n’y a plus de “sens commun” en démocratie, il n’y a plus d’adversaires qui débattent, il n’y a plus que des ennemis qui se battent.

Durant 4 ans, la majorité républicaine a versé avec Trump dans l’illibéralisme, ce mélange de populisme, d’autoritarisme, de libertarisme, de racisme. Ce qui se passe aujourd’hui est en droite ligne le résultat d’une politique de rupture réactionnaire qui emprunte au fascisme. Tous ceux qui ont soutenu le Trumpisme aux Etats Unis ou s’en sont inspirés en Europe ne peuvent être étonnés et ne peuvent s’exonérer d’une profonde remise en cause. Il faudrait qu’ils reconnaissent que la violence d’hier n’est pas un détail, qu’elle est consubstantielle d’un projet et de pratiques politiques intrinsèquement antidémocratiques. Pour tous les autres il faudrait réfléchir sur toutes les offenses au "sens commun" que nos démocraties subissent depuis 30 ans. Car Donald Trump à pu construire son plan de carrière mégalomane et narcissique sur une situation préexistante, la grande fatigue démocratique qui frappe la plupart de grandes démocraties occidentales.

Il n’est pas du tout certain que cette soirée soit une défaite stratégique du trumpisme. “Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau” disait Alexis de Toqueville grand observateur de l’Amérique. Cette génération Trump est-elle capable de retrouver un sens du commun ? Toqueville toujours : “Il n’est pas de grands hommes sans vertu ; sans respect des droits il n’y a pas de grand peuple.” La question posée au monde hier était bien celle-là : Car nous savions déjà que Trump n’a aucune vertu. Ce qui reste à démontrer après cette offense d’hier c’est de savoir si l’Amérique est encore un grand peuple ?

 

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