De l'objet de luxe au moyen de transport usuel, comment le vélo a révolutionné nos vies

La semaine de la mobilité démarre ce samedi, avec notamment la journée sans voiture à Bruxelles dimanche. C'est l'occasion pour Gilles Goetghebuer, dans sa chronique dans Matin Première, de parler du vélo et de son histoire. 

Au début du XXè siècle, il n'y avait pas de voiture ou si peu et la plupart des déplacements se faisaient à vélo. Bien sûr, lorsqu'on songe aux vélos du passé, on voit des cyclistes juchés sur des grands-bis qui arpentent nonchalamment les boulevards. Pourtant, non. Les grands bis ont existé, certes. Mais pendant une période relativement brève de l'histoire entre 1870 et 1890. Surtout, ils étaient réservés aux compétitions car jugés trop dangereux pour le commun des mortels. A l'arrêt, on tombait tout de même d'une hauteur d'environ deux mètres. En fait, et contrairement à l'idée reçue, les vélos du début du XXe siècle étaient déjà très proches des nôtres et permettaient de tenir des moyennes de 20 km/h, sans problèmes.

Aujourd'hui, on se rend difficilement compte à quel point l'avènement du vélo a révolutionné nos vies. Tout au long du XIXe siècle, un tas de gens n'étaient jamais sortis de leur village, parfois même de leur ferme. Et puis soudain le vélo permettait de s'évader: voir du pays, draguer les filles du village d'à côté, participer à des épreuves sportives. Tout paraissait soudainement possible!

Une histoire amusante est celle de Jean Dargassies, un jeune homme originaire de Grisolles, près de Montauban. Il travaille à la forge avec son père. Et il s'emmerde. En 1903, il entend parler d'une nouvelle épreuve cycliste: le Tour de France. L'inscription est fixée à dix francs! Ce n'est pas trop cher. D'autant qu'on promet 20.000 francs de primes au vainqueur. Le voilà parti! Il rejoint Paris à vélo (comptez tout de même un bon 800 kilomètres) et puis il s'inscrit à la course, repart dans l'autre sens et finira onzième de la première édition. Là-dessus, il retourne à Montauban rejoindre la forge familiale et raconter ses exploits.

Ce sont presque des surhommes! Car il n'y avait pas de vélo électrique à l'époque. Ceci dit, chaque vélo était extrêmement précieux : le cadre était en acier, les jantes en bois d'orme (les pauvres ormes ont disparus aujourd'hui, mais à l'époque, ils étaient très répandus). Lors des recherches pour cette rubrique, j'ai appris par exemple qu'on vendait chaque année dans le monde 3 millions de jantes en bois d'orme. Tout cela faisait du vélo un objet de luxe, il coûtait environ 200 francs. Pour se rendre compte de l'investissement, il faut comparer avec un achat d'usage courant. Un journal, par exemple, était vendu cinq centimes. En d'autres termes, un vélo valait 4000 journaux. Au prix actuel (1,20 euro le journal), cela représente une somme colossale. Cela permet de comprendre aussi pourquoi le vol était considéré comme un drame, comme la raconte le superbe film de Vittorio De Sica sorti en 1948 "Le voleur de bicyclette", souvent cité comme le meilleur film de tous les temps.

Aujourd'hui encore, le vol demeure comme un frein puissant à l'adoption plus large du vélo en ville. Tous les cyclistes réguliers se sont déjà fait chiper des bécanes. Parfois pour toujours, parfois, on les retrouve. Profitons de l'occasion pour faire un peu de pub pour l'opération mise en place par la région bruxelloise sous le nom vélosretrouvés.be. Elle permet de rendre à leurs propriétaires environ 400 vélos par an. Bonne semaine de la mobilité et bon dimanche sans voiture à tous les Bruxellois.

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