De l'huile catalane sur le feu belge

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Il y a quelques jours encore tant au MR que chez Charles Michel, Carles Puigdemont ne devait être considéré que comme un simple touriste, au mieux un visiteur des institutions européennes siégeant à Bruxelles. On notera au passage que les autres partis de la majorité fédérale se montraient généralement plus discrets voire circonspects sur la question.

Courbe rentrante

La question ne divise pas que la majorité. Dans l’opposition, Elio Di Rupo a lui aussi fait évoluer sa position. Il y a quelques jours encore, le président du PS renvoyait dos à dos l'action de Puigdemont et l'attitude inflexible de Rajoy et cherchait avant tout à mettre la pression sur le Premier Ministre : Il est urgent que Charles Michel fournisse des explications. Le PS a longtemps épinglé le nationalisme catalan (et par ricochet induit, la N-VA) pour à présent traiter le Premier espagnol de franquiste autoritaire ! A Madrid, où on méconnaît le poto-poto belge, on s’insurge qu’un ancien Premier Ministre, tenu par la réserve de son ancienne fonction, s’exprime de la sorte.

Quant à lui, Charles Michel s’en tient toujours à son communiqué sibyllin : Mr Puigdemont dispose des mêmes droits et devoirs que chaque citoyen européen ni plus ni moins ou de ne pas jeter de l’huile sur le feu . Le Premier Ministre croise surtout les doigts pour qu’on ne l’embête plus avec des considérations qui peuvent miner sa coalition… quoique.

A chacun sa partition

Le cas Puigdemont est en effet dans les mains de la Justice et Charles Michel va bien se garder d’y mettre le petit doigt. Le calendrier lui est favorable. Les lenteurs de la procédure fournissent aux encombrants Catalans jusqu’à 90 jours de présence garantie en Belgique. Les élections sont prévues le 21 décembre et ce soir-là, soit Carles Puigdemont et les sécessionnistes gagnent leur pari et le président déchu re-légitimé peut retourner à Barcelone mettre la dernière main à son projet, soit les indépendantistes échouent et plus personne ne s’intéresse à Mr Puigdemont. Dans les deux cas, la Belgique se débarrasse du problème !

Il restera les tensions entre vice-premiers, entre Jan Jambon (soutenu par les autres ministres N-VA) qui fâche l’Espagne de Rajoy  et Didier Reynders qui tacle les fâcheux qui feraient mieux de se taire !

Après le énième recadrage manqué de Theo Francken, c’est désormais le premier parti de la majorité fédérale qui dépasse les limites fixées par le " 16 ".

Mais la majorité restera bien en place car en définitive pour Charles Michel et la survie de son gouvernement mieux vaut se fâcher avec Mariano Rajoy qu’avec la N-VA, qui de plus, sur ce coup, a très certainement raison.

 

 

@PhWalkowiak

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