De Barcelone à Glasgow, les indépendantistes se font entendre

De Barcelone à Glasgow, les indépendantistes se font entendre
De Barcelone à Glasgow, les indépendantistes se font entendre - © LLUIS GENE - AFP

Ce samedi après-midi au centre de Glasgow, quelques milliers d’Ecossais vont à nouveau se rassembler dans le cadre de ce qu’ils appellent " Indyref2020 ", autrement dit l’appel à un référendum sur l’indépendance en 2020. L’affluence ne sera sans doute pas comparable avec celle d’Edimbourg, le mois dernier, où près de deux cent mille personnes s’étaient retrouvées pour une marche allant du parlement à l’un des parcs de la ville en en empruntant notamment le "Royal Mile", au centre historique de la capitale écossaise, mais il devrait tout de même y avoir un moment très important, celui où la Première ministre écossaise, prendra la parole. Depuis 2014, ce sera la première fois que Nicola Sturgeon participera à un tel événement, qu’elle soutient généralement via les réseaux sociaux sans s’y montrer. 2014 est une date importante dans l’histoire de l’Ecosse puisque c’est l’année ou a été organisé, avec l’accord de Londres, le premier référendum portant sur l’indépendance de l’Ecosse. Mais à la question "L’Ecosse devrait-elle être un pays indépendant", 55% des votants ont répondu non.

Le Brexit a ravivé la flamme

Après cet échec des indépendantistes écossais, beaucoup ont imaginé que cette volonté de quitter le Royaume-Uni serait remisée pour longtemps dans un placard. Mais le Brexit est passé par là: en 2016, lors du referendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les Ecossais se sont massivement exprimés (62%) pour rester en Europe. De quoi raviver la flamme du désaccord avec cette Angleterre dont beaucoup d’Ecossais veulent se séparer, pour le plus grand plaisir du SNP, le parti national écossais – et peut-être même un certain étonnement dans la mesure où ce n’était pas le scénario imaginé au lendemain de l’échec de 2014. Toujours est-il que le mouvement indépendantiste est bel et bien relancé au pays de William Wallace, héros de la première guerre d’indépendance écossaise à la fin du 13ème siècle.

Flandre, Catalogne, Corse, Italie: la fièvre indépendantiste varie en intensité

De ce côté-ci de la Manche, d’autres mouvements indépendantistes secouent l’Europe. Il y a bien sûr le mouvement flamand, incarné par la N-VA dont l’objectif, à terme, n’est rien d’autre qu’une Flandre indépendante. Il y a aussi la Catalogne, qui après avoir organisé un référendum en 2017 sans l’accord de Madrid, semble peu disposée à oublier l’idée d’en faire un nouveau. Il y a quelques semaines, au lendemain de sa condamnation à 13 ans de prison pour sédition, Oriol Junqueras, l’ancien vice-président du gouvernement régional catalan, a affirmé par email à un journaliste de Reuters que les séparatistes "ne renonceront jamais et qu’un nouveau référendum est tout simplement inévitable. 

Dans le nord de l’Italie, les deux grandes et très riches régions que sont la Lombardie et la Vénétie ont pour leur part organisé en 2017 un référendum pour demander aux citoyens s’ils souhaitaient obtenir " des formes supplémentaires et conditions particulières d’autonomie " pour leurs deux régions. L’issue du scrutin ne laissait pas beaucoup de place au doute, et les Lombards et les Vénétiens, qui se sont déplacés en plus grand nombre que ce qui était estimé, ont offert au " oui " une écrasante victoire (98% en Vénétie, 95% en Lombardie). Ce référendum, parfaitement légal, était consultatif, mais il permet malgré tout au Nord du pays de disposer d’un incontestable poids pour négocier avec Rome les responsabilités respectives concernant pas moins de 23 compétences institutionnelles, qui vont de l’énergie au commerce extérieur en passant par l’environnement. Depuis que le parti de Matteo Salvini a accompli sa mue - " La Ligue du Nord " est devenue " La Ligue " en effaçant la mention qui lui interdisait d’espérer des voix dans le Sud, son assise n’a cessé de s’élargir. Après avoir dirigé le pays en alliance avec le Mouvement 5 étoiles et fait éclater la coalition au bout d’un an, le parti d’extrême droite est aujourd’hui dans l’opposition, mais les sondages le placent encore loin devant tous les autres pour les prochaines élections. Le vieux rêve d’une nouvelle région, la Padanie, autour du Pô, est sans doute terminé. Désormais, c’est le pays tout entier que Matteo Salvini et ses troupes veulent diriger…

La Corse, un cas à part

Tous ces mouvements séparatistes sont observés attentivement depuis la Corse, où les velléités n’ont pas totalement disparu. Mais même les leaders des mouvements les plus nationalistes reconnaissent que le jour d’un referendum sur l’indépendance de l’île est encore très loin. A la différence de la Catalogne ou encore de la Flandre, le pouvoir économique corse est presque anecdotique (la Corse représente 0,4% du PIB de la France, alors que la Catalogne pèse pour 20% dans le PIB de l’Espagne et la Flandre pour ... 59% dans le PIB belge). Et l’indépendance ne sert pas à grand-chose si elle compromet la survie économique…

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK