Cyber-harcèlement des journalistes: les femmes aux premières loges

Au lendemain de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, la FIJ, Fédération Internationale des Journalistes, lance une campagne contre le cyber harcèlement des femmes journalistes, véritable fléau, d'après menée par l'organisation. Un fléau illustré par l’affaire de la journaliste française Nadia Daam, qui a vu, en juillet dernier, ses cyber-harceleurs condamnés à six mois de prison avec sursis.

Dans une chronique sur Europe 1, elle avait dénoncé l’attitude haineuse du forum 18-25 de jeuxvideo.com. Une tornade de haine s’est abattue sur elle : menace de mort, de viol par une armée de "trolls".

Autre exemple, pointé par Reporter Sans Frontière, dans un précédent rapport, qui cite le cas de Laura Kuenssberg, chef du service politique de la BBC: en septembre 2017, elle a dû s’adjoindre les services d’un garde du corps pour couvrir la conférence du Parti travailliste, après avoir été malmenée sur Internet par des militants très remontés.

Chez nous aussi des journalistes sont victimes de cyber-harcèlement 

L’enquête de la FIJ, conduite en 2017, montre que presqu'une femme journaliste sur deux (43%) a été victime de harcèlement en ligne. Avant c’était les rédactions qui étaient attaquées. Aujourd’hui, ce sont les journalistes elles-mêmes, en tant que personnes. Et les journalistes free-lance, elles, sont particulièrement isolées et donc fragilisées.

Bien avant la vague #MeToo, en 2013, la journaliste Myriam Leroy se faisait Dieudonné dans l’une de ses chroniques sur Canal+. Sur elle aussi, un torrent d’insultes sexistes immondes, de menaces de mort, de viol, s’est abattue. Myriam Leroy, comme la journaliste, Florence Hainaut, témoignent pour la campagne de la FIJ, intitulée hashtag Don’t Troll. Florence Hainaut y  explique que "ce n’est que récemment qu’elle a compris à quel point ce harcèlement était systémique. L’Agora est une affaire d’hommes. Elle dit encore qu’elle était beaucoup moins insultée quand elle travaillait dans une émission de consommation, qu’elle "tenait son rang". En écho à ces propos, une étude américaine confirme que twitter, l’Agora virtuelle reste une affaire d’hommes.

Des chercheurs américains ont analysé 2 292 comptes Twitter appartenant à des journalistes politiques basés à Washington DC. Les résultats sont sans appel : sur Twitter, les femmes n’existent pas, ou presque. L’étude montre que les journalistes hommes répondent plus  à leurs collègues du même sexe et ils sont plus susceptibles de retweeter d’autres journalistes hommes. En fait, quand les hommes retweetent, ils retweetent trois fois plus d’hommes que de femmes.

Le cyber-harcèlement : un problème croissant et envahissant dans le réel 

Les effets du cyber-harcèlement peuvent sérieusement impacter le bien-être et la carrière d'un.e journaliste : anxiété, stress, autocensure et même abandon de la profession. Souvent les femmes journalistes qui ont dû faire face à ces violences sexistes, et qui témoignent pour la FIJ, pointent le manque d’empathie et de soutien de leurs collègues masculins.

Les réseaux sociaux sont souvent une caisse de résonance des inégalités qui existent aussi dans les rédactions elles-mêmes. Pour briser cet engrenage, la FIJ suggère  d’occuper le terrain et se rendre visible, plus de tweets et plus de soutien des collègues. La campagne Dont Troll, qui est détaillé sur le site de la FIJ  aura lieu jusqu’au 10 décembre, Journée internationale des droits humains.

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