Crise du coronavirus: Sophie Wilmès, la Première qui (r)assure

Crise du coronavirus : Sophie Wilmès, la Première qui (r)assure
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Crise du coronavirus : Sophie Wilmès, la Première qui (r)assure - © Tous droits réservés

Elle est devenue Première ministre un peu par défaut en juin 2019. Les ténors du MR sentant que le pays s’embourbe dans la crise quittent le navire pour des cieux plus cléments. La libérale Sophie Wilmès se retrouve propulsée aux manettes du Gouvernement fédéral et… au bord de la "falaise de verre". Cette expression désigne la tendance à recourir à des femmes pour occuper des postes à hautes responsabilités en période de crise. Postes auxquels la gent féminine a difficilement accès en temps normal.

Chargée d’expédier les affaires courantes, elle était (juste) censée assurer l’intérim. Envoyée au casse-pipe, difficile alors de voir dans sa désignation de réelles avancées en matière d’égalité de genre. Comment se réjouir dans de telles circonstances que ce poste soit occupé pour la première fois de l’histoire par une femme ?

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Pourtant, celle qui pour beaucoup était encore une inconnue il y a quelques semaines est devenue en l’espace d’une crise sanitaire une femme d’Etat. "Je suis soulagée ", explique une députée socialiste, "l’histoire ne retiendra pas que la première femme à occuper le poste de Première Ministre l’était par défaut. Non, l’histoire retiendra qu’elle incarnait cette fonction avec beaucoup de talent."

Le doute n’est désormais plus permis : la place des femmes est aussi au sommet de l’Etat

L’allocution de Sophie Wilmès ce 17 mars va incontestablement marquer l’histoire du pays. D’abord, parce qu’elle a annoncé une mesure inédite depuis la fin de la seconde guerre mondiale : la privation d’une grande partie de nos libertés pour lutter contre la propagation du coronavirus. Ensuite, parce le doute n’est désormais plus permis : la place des femmes est aussi au sommet de l’Etat.

Alors que la situation sanitaire n’est pas rassurante du tout, Sophie Wilmès est parvenue à rassurer. Dans son discours, pas de métaphores guerrières comme Emmanuel Macron la veille mais un appel au bon sens de chacun avec en guise de conclusion : "Prenez soin de vous, prenez soin des autres."

Sur les réseaux sociaux, les personnalités de différents partis politiques, tant au nord qu’au sud du pays, multiplient les messages de félicitations et de remerciements. "Elle est remarquable, elle donne le ton et en impose", confie une éminence d’Ecolo.

Une femme leader et des hommes potiches, c’est une première qui restera gravée dans les esprits

L’image de cette conférence de presse suivie en direct par des millions de Belges marquera à jamais les esprits. La cheffe s’exprime. A ses côtés, les cinq chefs des Gouvernements des Communautés et des Régions restent muets. Ce pays au bord du divorce il y a quelques jours encore parle enfin d’une seule voix. Une voix féminine. "On n’a pas l’habitude de voir des hommes politiques d’envergure comme Elio Di Rupo et Jan Jambon faire de la figuration", pointe une élue cdH. "Une femme leader et des hommes potiches, c’est une première", ajoute-t-elle avec un brin d’ironie. Et de conclure : "Les petites filles ont maintenant un modèle auquel elles peuvent s’identifier".

Alors que son prédécesseur Charles Michel était régulièrement pointé du doigt pour son manque de leadership, elle force le respect. "Avec Charles Michel, on ne savait pas vraiment qui dirigeait le gouvernement, ici, c’est clair : on a une cheffe", se réjouit le chef d’un cabinet ministériel. "Elle a ressuscité l’Etat fédéral !".

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En réunion, pas de "Madame la Première Ministre". Tout le monde l’appelle "Sophie" mais elle sait aussi garder ses distances. On la décrit comme décidée, pragmatique et rassembleuse. Parfaite bilingue, elle est très attentive à l’équilibre entre francophones et flamands.

Elle mène les réunions d’une main de maître, donne la parole à tout le monde, sait écouter mais sait aussi trancher

"Même si le MR me sort de partout, Sophie Wilmès, m’a impressionné dès notre première rencontre et bien avant la crise du coronavirus", explique le ministre d’une entité fédérée. "Elle mène les réunions d’une main de maître, donne la parole à tout le monde, sait écouter mais sait aussi trancher", ajoute-t-il. "Elle a une capacité impressionnante à faire atterrir les dossiers avec subtilité et détermination."

Si Laurette Onkelinx et Joëlle Milquet ont brisé le "plafond de verre" avant elle, jamais une femme n’aura à ce point incarné le pouvoir. Sophie Wilmès ouvre incontestablement une voie mais les inégalités de genre subsistent. Son Gouvernement fédéral compte deux fois plus de ministres masculins.

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