Coronavirus : questions politiques pour demain

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Chaque jour apporte son lot de nouvelles victimes de l’épidémie de coronavirus mais on envisage déjà la meilleure (?) manière de sortir de ce confinement, de cette contrainte qui enferme mais aussi révèle des manquements. Tout cela arrivera en même temps.

 

Lent démarrage politique

Les premières mesures remontent au 13 mars. Le gouvernement Wilmès 2 a reçu la confiance le 19 mars et les pouvoirs spéciaux le 26 mars.

Le pays fonctionne pourtant toujours sur base des mesures décidées mi-mars et le super kern avec les présidents des 10 partis associés au gouvernement fédéral le temps de l’épidémie, reste réduit à approuver neuf arrêtés royaux qui viennent " habiller légalement " des décisions déjà prises sur les prêts hypothécaires, les sanctions administratives ou les délais de justice. Rien qui ne justifie à ce stade des pouvoirs spéciaux. Un gouvernement en affaires courantes aurait même pu suffire.

Cela grippe visiblement sur les primes éventuelles à accorder à certaines catégories de travailleurs, sur une fiscalité adaptée à la situation ou sur des chômeurs coincés entre baisse de leurs allocations et impossibilité de chercher un emploi.

A ce stade, le centre de décision réel se situe bien plus au Conseil National de Sécurité qu’au gouvernement fédéral même doté des pouvoirs spéciaux.

Il est vrai qu’accorder points de vue nationaliste et écologiste, par exemple, relève de la gageure.

 

Spectre budgétaire

Les calculs de la banque nationale, relayés par le ministre du Budget David Clarinval, en ont sans doute douché plus d’un : les dépenses déjà engagées, sans attendre les pouvoirs spéciaux, atteignent déjà les 4 milliards d’euros… par semaine !

Le gouvernement Michel avait déjà laissé un trou budgétaire, mais la pandémie le transforme en gouffre abyssal. La dette belge s’envole au point que les agences de notation ont retrouvé la Belgique sur la mappemonde, pour abaisser sa note, comme lors de la crise de 2008. La " chance " de notre pays demeure toutefois qu’il ne sera pas le seul touché et que les économies espagnoles ou italiennes pèsent bien plus dans les comptes européens.

Il n’en reste pas moins que la pandémie passée, le prochain gouvernement (lequel ?) n’aura que deux choses à gérer : l’austérité et… l’austérité !

Pour sûr, la crise politique viendra s’ajouter à la crise budgétaire, elle-même corollaire d’une crise économique.

Cela ne va se bousculer pour gérer un tel marasme…

Comptes politiques

Enfin, l’idée d’une commission d’enquête sur les fautes politiques liées à l’impréparation de nos institutions face à une telle catastrophe sanitaire commence à s’esquisser. Même le président du MR, formation au pouvoir depuis 21 ans, se prononce en ce sens.

Maggie De Block est en première ligne mais les choix budgétaires restent collectifs, ceux d’une coalition et pas uniquement de la dernière.

Les précédentes commissions d’enquête ont le plus souvent dilué les responsabilités que notre pays complexe favorise naturellement. Un climat de règlements de compte aussi salutaire qu’il puisse paraître risque bien d’aggraver les crises politiques et économiques qui nous pendent au nez.

 

@PhWalkowiak