Coronavirus : la démocratie également confinée ?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Face à l’épidémie, l’heure n’est certes pas prioritairement à la controverse politicienne. Mais les tensions des derniers mois, les rancœurs accumulées existent bel et bien. Il reste sain d’observer notre système démocratique, surtout quand presque tous les exécutifs d’un pays passent en " pouvoirs spéciaux ".

La crise politique fédérale confinée

Même si les apparences sont trompeuses, la Belgique se cherche toujours un " vrai " gouvernement fédéral. Constitutionnellement, elle en dispose d’un. La déclaration gouvernementale de Sophie Wilmès mettant une date de péremption à son action politique reste sur un plan légal, purement formelle. Rien ne l’empêche de poursuivre jusqu’en 2024, pour peu bien sûr qu’elle obtienne une majorité parlementaire. C’est la grande crainte de la N-VA mais aussi du CD & V de se retrouver embarqués, à des degrés divers, dans une aventure qu’ils n’ont pas choisie. Les négociations qui ont précédé la " résurrection " de l’équipe Wilmès ont laissé des traces. La volte-face de Paul Magnette, désavoué par une large partie de ses cadres, ne passe pas en Flandre. Ni à la N-VA (mais là, on en a l’habitude), ni au CD & V qui s’est fait tordre le bras pour entrer dans une coalition qu’il veut éviter, ni surtout au SP. A, mis devant le fait accompli.

La crise sanitaire actuelle restreint l’expression de cette rancœur accumulée. Celle-ci reste en quelque sorte confinée mais elle reviendra dans trois ou six mois quand se reposera au terme des pouvoirs spéciaux, la légitimité de l’exécutif fédéral mis en place.

Aux limites de la démocratie

Certes les pouvoirs spéciaux seront encadrés mais contrairement aux cas similaires précédents, ils vont cette fois assez loin dans le contrôle des droits individuels et du droit du travail. On peut se rassurer, la Belgique est très loin d’avoir une tradition de pronunciamiento !

Mais le gouvernement minoritaire soutenu de l’extérieur ne fait pas partie de nos habitudes parlementaires. Si la crise sanitaire a confiné la crise politique, la solution intervenue relève d’une certaine improvisation. Le contrôle de l’exécutif par le législatif va être réduit, d’autant que l’action gouvernementale ne portera que ce sur quoi les députés ne peuvent agir.

Cet exécutif est de plus, peu représentatif du choix des électeurs ; on y retrouve 10 ministres libéraux sur 13 et même 7 francophones sur 13. Les libéraux ne représentent pourtant que 17% des élus fédéraux et le MR, 23% des députés francophones.

Bien sûr, cette situation se veut transitoire et il n’est pas question de remettre en question la probité démocratique des ministres en poste.

Qu’en sera-t-il de l’évaluation des mesures prises ou de la politique de santé menée depuis plusieurs années ?

Il est certes question d’un kern étendu aux présidents de parti mais cela consacre par l’absurde que Ce Pays est bel et bien une particratie qui s’invente à la hâte une nouvelle instance de décision. Faute d’une démocratie représentative digne de ce nom.

L’épidémie teste aussi les limites de notre démocratie.

 

@PhWalkowiak

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