Coronavirus : la crise sanitaire pour cacher la crise politique

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

D’aucuns auraient aimé vous dire que la crise est finie, que l’unité nationale prévaut face à la pandémie.

Soyez rassuré !

Rien de tout cela, la Belgique reste la Belgique, la crise politique continue ; le Palais et neuf partis viennent simplement d’appuyer sur " Pause " le temps d’aller vaquer (sic) au coronavirus.

De toute façon, pour qu’il y ait " unité nationale ", il faut qu’il y ait une Nation. On sait que dans Ce Pays, ce n’est pas tout à fait le cas.

Le Belge y a cru

Jeudi 12 mars, le confinement est recommandé. La Première Ministre avec l’appui des Régions et Communautés annonce une nouvelle série de mesures drastiques. La crise politique passe radicalement au second plan, pour ne pas dire qu’elle disparaît des gros titres. Mais elle y reviendra vite, puisqu’à côté de monde sanitaire, c’est une classe politique qui reste à la manœuvre. Ce petit monde se déchire depuis des mois, si pas des années tant la dernière législature aura suscité nombre de tensions. Face à la pandémie, certains espèrent un sursaut, une prise de conscience.

Les deux chargés de mission royaux poussent les feux. On ne le saura que plus tard, mais l’inconcevable paraît subitement à portée de main : PS et N-VA sont à deux doigts de former un gouvernement de plein exercice. Le coronavirus va-t-il réussir là où tout le monde a échoué ? Le couple Dewael-Laruelle espère.

 

PS et N-VA ont eu peur d’y croire

Paul Magnette trop heureux d’empocher la mise, oubliant qu’au-delà de la pandémie d’autres dossiers compliqués l’attendent ? Bart De Wever trop tenté de pousser encore plus son avantage, en ramenant le communautaire ?

Au Parti Socialiste, dans un premier temps, c’est la génération Busquin qui tient la barre. Les Di Rupo, Onkelinx, Demotte etc. poussé au premier rang il y a plus de 25 ans par l’homme de Seneffe, la génération socialiste du " sans nous ce serait pire ", qui a légitimé les coalitions " contre nature " (© Laurette Onkelinx) avec les libéraux, la génération du compromis politique.

Après avoir écouté ceux-là, Paul Magnette s’est retrouvé face à la nouvelle génération, celle qui voit un parti tombé à son minimum historique, tiraillé entre le PTB et ECOLO ; à gauche, les non-socialistes sont désormais majoritaires, côté francophone. Paul Magnette a fini par écouter les seconds, désormais majoritaires. Il faut bien que je les suive, puisque je suis leur chef, (citation apocryphe de A. Ledru-Rollin, 1807-74).

Chez les nationalistes, Bart De Wever a vu un peu tard le piège se refermer : un " vrai " gouvernement avec Sophie Wilmès pleinement investie, risque bel et bien de conduire à un gouvernement fédéral sans la N-VA, une fois le coronavirus passé.

Constitutionnellement, un gouvernement d’affaires courantes aurait très bien pu être investi de pouvoirs spéciaux centrés " coronavirus ".

Va finalement, pour un gouvernement recevant les pleins pouvoirs mais qui doit se considérer en affaires courantes pour tout ce qui ne concerne pas le coronavirus !

Tous les dossiers (15 milliards € de trou, pensions, centrales nucléaires, climat, etc.) sont balayés sous le tapis du coronavirus, pandémie mortelle et opportunité politique pour oublier l’enlisement total. Plus de visiteurs impromptus au Palais pendant six mois, même si les lendemains de la pandémie seront très durs dans tous les pays, ils le seront encore plus chez nous où la Belgique en sera alors à près de deux ans sans aucune décision politique.

 

@PhWalkowiak

 

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