Coronavirus : la Belgique institutionnelle hypocondriaque

Le coronavirus a un effet positif : il rend certains de nos femmes et hommes politiques inventifs ! Chacun utilise l’arrivée de la pandémie pour y aller de sa petite idée. De retour de vacances, quelques-uns y voient sans doute l’opportunité de s’offrir une petite visibilité.

La pandémie au service de l’idéologie

Selon les uns ou les autres, le coronavirus devrait permettre de former un gouvernement, fixer un budget, accentuer le fédéralisme ou le réduire, etc.

Avec l’arrivée du COVID-19, il a d’abord été de bon ton de rappeler le nombre de ministres ayant un morceau de compétence " santé " dans leurs attributions. La faute à la dernière réforme de l’état, prétendait même certains des négociateurs ou opposants de celle-ci. Tous semblent ou feignent d’oublier que le transfert des premiers pans de la Santé vers les Communautés date de… 1980 ! Robert Urbain (PS) a ainsi été le premier ministre communautaire de la Santé dans un gouvernement PS-PRL. Dès cette époque, c’est précisément… la Prévention qui a été confiée aux Communautés. Ce fut aussi l’époque où le nuage provenant de Tchernobyl (1986) était toxique en Flandre et pas en Wallonie, où Daniel Ducarme conseillait de laisser pâturer les vaches. Même devant ces dysfonctionnements, personne n’a jamais pu faire faire marche arrière au fédéralisme belge.

Mais bien plus que le nombre de ministres, c’est la coordination qui importe. La Suisse (8,5 millions d’habitants) dispose d’un " ministre " de la Santé par canton (26) ; après quelques heures de flottement, la ministre De Block a su imposer une certaine unité de vue, que chacun partage. De plus, chez nous, l’autonomie communale offre une certaine latitude en la matière aux 581 bourgmestres du Royaume.

Le coronavirus confédéraliste

Le nouveau président du CD&V et informateur déchu, Joachim Coens restera comme le premier à utiliser la pandémie à des fins politiciennes : constituer une majorité fédérale sur base des partis présents au pouvoir en Wallonie et en Flandre qui codirigeraient ainsi le pays. Le candidat à la présidence de l’Open VLD Egbert Lachaert vient de partager cette idée.

Et hop, le coronavirus met PS et N-VA dans le même gouvernement et rend compatible Bart De Wever et Jean-Marc Nollet !!! On notera au passage que ce confédéralisme-là ignore/méprise/oublie la Région de Bruxelles-Capitale ou l’Ostbelgien, peuplés sans doute de citoyens de seconde zone dont l’avis ne compte pas.

Aucune base de programme, aucune mesure précise, juste l’addition de sièges et beaucoup de méthode Coué !! La ficelle est un peu grosse. La N-VA en profite pour relancer son modèle confédéral. Pourtant, il n’est pas plus facile de se mettre d’accord à deux et la Chine a démontré qu’un seul ministre et un parti unique ne constituent pas la garantie de l’efficacité !

Si la pandémie a permis à chacun de reprendre son antienne préférée, la discordance tente à illustrer que l’on ne touchera à rien et de faire oublier la mission Laruelle-Dewael. Comme les principaux responsables politiques étaient sur les pistes de ski ou au soleil, elle n’a de toute façon que peu de chances d’avoir progressé.

Le retour à la case " Palais " lundi prochain risque d’être rude.

 

@PhWalkowiak

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