Coronavirus et fédéralisme de confusion

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Comme le dit l’adage : quand quelque chose vous échappe, feignez de l’avoir organisé !

Ainsi, l’espace d’un week-end, le fédéralisme sera devenu l’explication facile pour ne pas dire le cache-sexe, de la cacophonie, de l’indécision et des divergences politiques entre les gouvernements du pays.

Fédéralisme toujours adolescent

Le fédéralisme belge reste incertain, même s’il a commencé à être implanté il y a 50 ans.

On l’a déjà détaillé ici : le fédéralisme a été conçu de manière telle qu’il ne pourra jamais fonctionner de manière efficiente.

Cette fois, il aura fallu attendre de constater que cela ne fonctionne pas au fédéral ou entre les entités, pour que chacun agisse, selon la Constitution.

Dans un système fédéral, chaque entité prend ses responsabilités, effectue ses choix. Ici, cela ne l’a été que par défaut. En Allemagne ou en Suisse, chacun sait vers qui se tourner. En Belgique, on se regarde avant d’agir. Ainsi, à situation similaire, les prises de décision de l’automne ne se déroulent pas comme celles du printemps. Pas parce que des paramètres sanitaires diffèrent, simplement parce que les rapports de force politiques ne sont plus les mêmes. La Belgique n’est pas plus fédérale en octobre qu’en mars.

Le fédéralisme belge n’évolue ou ne s’exerce qu’en fonction des humeurs des uns ou des autres.

Cacophonie

Pour autant qu’il essaie encore de comprendre le cheminent de la décision, le citoyen a de quoi être désarçonné face à une classe politique souvent pusillanime. Toutefois, reconnaissons qu’entre par exemple, des pédiatres qui préconisent de garder les écoles ouvertes au nom de l’équilibre sociopsychologique et des infectiologues qui à l’inverse, recommandent de tout fermer au plus vite face à une évolution du virus " qui n’est pas viable ", les ministres ne peuvent que tâtonner.

L’enseignement francophone s’était pourtant doté avant l’été de codes couleur. Depuis début octobre, il était patent que le code rouge était bel et bien présent. Pourquoi tergiverser avec un code jaune foncé qui a fait perdre du temps ?

Les réunions des Comité de Concertation ont en tout cas montré toutes les limites de ladite concertation. Notre système à six gouvernements repose sur l’indispensable consensus pour faire fonctionner le pays. Mais rien n’est prévu si nos dirigeants ne trouvent pas de consensus, d’autant plus en situation d’urgence ! Chacun est alors amené à prendre ses responsabilités, dans la précipitation, la confusion ou les revirements. On a vu un ministre-président devoir dire le soir le contraire de ce qu’il disait le matin !

Enfin, à la différence du printemps, la N-VA entend à présent jouer sa carte ou plutôt ce qu’elle croit être les intérêts supérieurs de la Flandre. Poussée par un Vlaams Belang, qui refuse l’application coronalert simplement parce qu’elle est " belge ", la N-VA a d’abord freiné sur les mesures à prendre arguant des intérêts de la Flandre face à une Wallonie et Bruxelles plus touchées. Provisoirement. La périphérie flamande autour de Bruxelles veut à présent agir. Le gouvernement flamand a fini par fermer les écoles au-delà du congé de Toussaint. La réalité sanitaire rattrape la vision idéologique nationaliste de la pandémie.

Il restera toujours à voir si le fédéralisme aura quelque chose à y gagner.

 

@PhWalkowiak

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