Coronavirus: des pouvoirs spéciaux en ordre très dispersé

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Même face au Coronavirus, la Belgique reste la Belgique. Cela se fâche sur les distributions des masques entre les Régions. Les pouvoirs spéciaux seront à géométrie variable : la Communauté Flamande n’en veut pas mais les Flamands de Bruxelles seront " soumis " aux décisions de pouvoirs spéciaux du gouvernement bruxellois, qui est le seul à s’engager à consulter systématiquement le Conseil d’Etat pour ses arrêtés de pouvoirs spéciaux. Au Fédéral, une Commission Parlementaire contrôlera la mise œuvre opérée par le gouvernement qui s’est engagé informellement à consulter 10 présidents de parti dans un kern de salut national qui ne dit pas son nom, alors que le gouvernement de Wallonie s’est octroyé bien plus de pouvoirs que ses homologues ou que la Fédération Wallonie-Bruxelles se disputent en son sein sur la poursuite des cours en juillet, alors qu’en Flandre, cela ne fait pas débat. Le Parlement Francophone est enfin le seul à s’être mis en arrêt total pour plus d’un mois.

Certaines communes wallonnes et bruxelloises se sont dotées de pouvoirs spéciaux, pas les autres.

Vous suivez toujours ?

La Belgique institutionnelle explore des contrées encore inconnues d’un système pourtant riches en originalités diverses. On improvise. Chacun tente de faire ce qu’ils pensent être le mieux. Mais entre les mesures orientées " entreprise " des uns et plus " protection sociale " des autres, le pays tire à nouveau à hue et à dia. Il en sera de même pour les nouvelles mesures. La prolongation du confinement est acquise. Mais chez nous, ce confinement est à géométrie variable et risque bien de le rester.

Lors du débat à la Chambre, la N-VA a bien signifié qu’elle n’acceptait cette dérogation de pouvoirs spéciaux que du bout des lèvres ; le montage que le gouvernement a mis en place à cet effet laisse en effet une forte impression de particratie, raison pour laquelle notre parti opte pour un contenu plus favorable au Parlement, a souligné son chef de groupe Peter De Roover.

Il faut aussi faire respecter les équilibres entre les intérêts économiques et ceux des travailleurs, propres à notre modèle social, répond en écho le PS. Et ainsi de suite, chaque formation fera pression sur Wilmès II.

Lendemains difficiles

Chaque niveau s’active dans l’urgence. Le pic de la pandémie arrive seulement. D’autres mesures (lesquelles ?) suivront. Seule sans doute la multiplication exponentielle des tests permettra de commencer à songer à enrayer l’épidémie. A ce moment-là seulement, le monde politique passera à autre chose, entre évaluation de la gestion de la crise et gouvernement fédéral à pérenniser… ou pas.

Reviendra immanquablement le douloureux exercice budgétaire. Pour rappel, la Belgiques est en budget provisoire depuis 16 mois, le sera jusqu’à fin juin au moins et aucune chance de mettre un budget en chantier d’ici là.

De plus, la situation s’annonce cataclysmique : le trou à boucher s’élèverait à plus de 30 milliards € !! De quoi refroidir toutes les envies d’entrer dans un gouvernement fédéral.

 

@PhWalkowiak