Confinement ou SNCB, le sens des responsabilités

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La prise de décision est délicate ; assumer les conséquences de cette décision l’est plus encore. Le champ politique en donne régulièrement des exemples, comme récemment la fermeture de guichets dans des gares SNCB ou à propos des décisions prises pour tenter d’enrayer l’épidémie de coronavirus.

Responsabilité

Longtemps, le politique prenait seul la décision, pas toujours de manière efficace, entre passe-droits, copinages, pistons et nominations fantômes. Le monde politique belge, structuré autour de ses piliers (social-chrétien, libéral et socialiste), traversé par ses courants laïc/catholique, etc. sert encore de modèle dans les cours de sciences politiques pour illustrer la lottizzazione politique.

Toutefois, poussé par le manque de moyens financiers, les scandales à répétition, on a tenté d’y remettre un peu bon ordre. Exemple : l’antédiluvienne RTT est devenue Belgacom/Proximus, société à majorité publique qui réalise des bénéfices. La SNCB, comme d’autres, s’est lentement muée en entreprise publique autonome où l’influence du politique a été réduite.

Dans le même ordre d’idée, la Justice a été autonomisée de l’exécutif. Etc.

Tout cela permet aux responsables politiques de finalement accaparer une décision quand elle est perçue favorablement par l’opinion et au contraire, s’en distancier facilement quand elle déplaît. Externaliser la décision mais surtout la responsabilité de celle-ci.

Mais tout cela n’empêche pas de nombreux responsables de conserver une certaine nostalgie ou de laisser croire qu’ils influencent le cours des choses.

Chassez le naturel…

En s’entourant d’experts, en désignant à la tête des entreprises publiques des gens  essentiellement sur base de leurs compétences, le monde politique entend marier efficience et professionnalisme dans un contexte de plus en plus complexe. Mais chassez le naturel…

Au gré des intérêts particuliers et des électorats à ménager, la parole des experts devient pour certains élus, insupportable, alors que leur propre formation politique a poussé et validé ces choix.

De même pour la fermeture de nombreux guichets de gare, approuvée à l’unanimité du conseil d’administration de la SNCB du 27 novembre dernier. Dans ce CA, la plupart des partis (MR, PS, cdH) y ont au moins un représentant, qui ont donc approuvé la décision en connaissance de cause et Ecolo y occupe le poste de commissaire du gouvernement (simple observateur). Tout le monde savait et a donc été associé à la décision. Ce qui n’empêche pas certaines formations de critiquer une décision qu’ils ont prise par ailleurs.

Face au tollé, marche arrière toute, ministre de la Mobilité en tête. Conséquence : la patronne de la SNCB se voit contrainte de rappeler "son" ministre à l’ordre, et le placer publiquement devant ses contradictions.

Ceux qui courent après les coiffeurs, les autres après les jeunes ou ceux qui s’offusquent de la fermeture de guichets, pratiquent cet art de se dédouaner à bon compte de leurs responsabilités politiques et de la difficulté d’assumer des décisions, des choix difficiles.

Le métier politique comporte aussi des aspects ingrats. Choisir c’est décevoir.

 

@PhWalkowiak

SNCB : suppression de guichets (JT 02/02/2021)

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK