Commerce, travail et politique

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Il y a beaucoup de choses à propos de cette élection 2016 qu’aucun d’entre nous n’avait vues venir et l’une d’entre elles c’est que la politique du commerce international est en train de devenir un sujet majeur de la campagne présidentielle. De plus, les positions tenues par les partis sont à l’inverse de ce à quoi l’on s’attendrait : les républicains, qui prétendent défendre les libres marchés, sont proches de donner l’investiture à un protectionniste pur et dur, laissant ainsi les démocrates, avec leur scepticisme quant aux marchés sans limite, défendre de facto un commerce relativement ouvert.

Mais ce développement n’est pas aussi étrange que ce qu’il paraît. Si l’on met de côté les affirmations rhétoriques, les républicains sont depuis longtemps, en pratique, plus protectionnistes que les démocrates. Et cette différence s’explique. Il est vrai que la mondialisation pousse les salaires d’un bon nombre de travailleurs vers le bas – mais les progressistes sont capables d’offrir une variété de réponses à cette pression, alors qu’à droite, tout ce qu’ils ont c’est le protectionnisme.

Quand je dis que les républicains sont plus protectionnistes que les démocrates, je ne parle pas d’un passé distant, des mesures de fortes taxes de l’Âge Doré ; je parle des présidents républicains modernes, tels que Ronald Reagan et George W. Bush. Après tout, Reagan a imposé un quota sur les importations d’automobiles qui a fini par coûter des milliards de dollars aux consommateurs. Et Bush a imposé des droits de douane sur l’acier qui violaient très clairement les accords internationaux, puis a fait machine arrière lorsque l’Union Européenne a menacé d’imposer des sanctions en guise de représailles.

En fait, cet épisode devrait être une leçon pour quiconque veut jouer les durs en ce qui concerne le commerce. L’administration Bush a été victime d’une forte crise d’aveuglement d’une superpuissance, cette certitude que l’Amérique pouvait dicter la tenue des événements dans le monde.

La débâcle en Irak démontra de façon spectaculaire le fait que cette certitude était fausse. Mais la prise en compte vint encore plus tôt pour le commerce, un sujet où les autres acteurs, et notamment l’Europe, ont autant de pouvoir que nous.

La menace de représailles n’est pas non plus le seul facteur qui devrait décourager un virage vers du protectionnisme pur et dur. Il y a également les dommages collatéraux qu’un tel virage infligerait aux pays pauvres. C’est probablement de la mauvaise politique que de parler maintenant de ce qu’une guerre commerciale ferait à, disons, au Bangladesh. Mais n’importe quel président responsable dans le futur devra penser à ce genre de choses.

Là encore, il se pourrait bien que l’on parle du Président Trump.

Mais revenons-en au problème plus général de la façon dont on peut aider nos travailleurs qui sont mis sous pression par l’économie mondiale.

Une analyse économique sérieuse n’a jamais soutenu cette vision outrageusement optimiste du commerce comme étant une situation où tout le monde gagne, vision populaire dans les cercles des élites : une croissance du commerce peut, en effet, faire du mal à beaucoup de gens et ces dernières décennies, la mondialisation a probablement été, clairement, une force d’enfoncement pour la majorité des travailleurs des Etats-Unis.

Mais le protectionnisme n’est pas la seule façon de combattre cette pression vers le bas. En fait, un grand nombre des choses négatives que l’on associe avec la mondialisation en Amérique sont des choix politiques, pas des conséquences nécessaires – et elles ne se sont pas produites dans d’autres pays développés, même si ces pays rencontrent les mêmes forces mondiales que nous.

Prenons l’exemple du Danemark, que Bernie Sanders a pris, on le sait, comme modèle. En tant que membre de l’Union Européenne, le Danemark est sujet aux mêmes accords commerciaux mondiaux que nous - et alors qu’il n’a pas d’accord de libre-échange avec le Mexique, il y a un grand nombre de travailleurs à petit salaire dans l’est et le sud de l’Europe. Pourtant le Danemark a bien moins d’inégalités que nous. Pourquoi ?

Une partie de la réponse, c’est que les travailleurs au Danemark, dont deux tiers sont syndiqués ont encore beaucoup de pouvoir de négociation. Si les grandes entreprises américaines ont pu utiliser la menace des importations pour écraser les syndicats, ce uniquement parce que notre environnement politique a soutenu le démantèlement des syndicats. Même le Canada, qui est juste à côté, ne connaît pas l’effondrement des syndicats qui s’est produit ici.

Et l’autre partie de la réponse, c’est que le Danemark (et, dans une moindre mesure, le Canada) possède un filet de sécurité sociale bien plus important que le nôtre. En Amérique, on nous dit constamment que la compétition mondiale signifie que nous ne pouvons nous permettre même ce petit filet de sécurité qui est le nôtre ; étrange de se dire que d’autres pays riches ne semblent pas avoir ce problème.

Comme je l’ai dit, ce que cela signifie, c’est que le candidat qui remportera l’investiture démocrate n’aura pas à se lancer dans une confrontation sur le commerce. Elle (oui, il est toujours très probable que ce soit Hillary Clinton) exprimera, à raison, son scepticisme quant aux accords commerciaux à venir, mais elle sera capable de gérer les problèmes des familles qui travaillent sans se lancer dans le dénigrement du système commercial mondial. Ce ne sera pas le cas du candidat républicain.

Et il y a ici une leçon qui dépasse cette élection. Si vous êtes généralement un supporter de marchés mondiaux ouverts – ce qui devrait être votre cas, principalement parce que l’accès aux marchés est primordial pour les pays pauvres – il vous faut savoir que quoi qu’ils disent, les politiques qui se rangent derrière cette idéologie rigide de libres marchés ne sont pas de votre côté.