Comment les vendeurs de viande se tirent une balle dans le pied... et dans celui des agriculteurs

Comment les vendeurs de viande se tirent une balle dans le pied... et dans celui des agriculteurs
Comment les vendeurs de viande se tirent une balle dans le pied... et dans celui des agriculteurs - © Tous droits réservés

Les agriculteurs manifesteront devant le parlement wallon ce midi à Namur. Ils demandent plus de transparence au sein des abattoirs et des ateliers de découpe. Mais nous ne maitrisons pas encore toutes les conséquences de l’affaire Veviba.

 Vous vous rappelez des 40 jours sans viande ? C’est une campagne qui existe depuis 2011 en Flandre et qui avait été abondamment été relayée côté francophone l’an dernier. 100 000 belges y avait participé, essentiellement des néerlandophones. Cette année la campagne n’a pas eu lieu, mais pile un an plus tard, nous risquons le dégout du steak. Pas pour des raisons de santé publique, faire baisser notre taux de cholestérol et limiter le risque d’accident cardio-vasculaire, pas par souci environnemental, même si la production de viande est responsable de 14% des émissions de gaz à effet de serre, que cela entraine la déforestation et consomme énormément d’eau, pas par choix philosophique ou éthique, parce que nous serions subitement convertis à la défense de la cause animale en devenant vegan ou anti-spéciste. Juste par dégout. La crainte d’avoir dans notre assiette une viande faisandée, avec des étiquettes aux dates de péremption trafiquées, que l’on nous présente comme de la viande ne soit en réalité qu’une potion infame reconstituée à partir des pires morceaux nous donne des hauts le cœur.

Dis-moi ce que tu consommes je te dirai quel est ton portefeuille

Nous ne sommes pas égaux dans le dégout.  Ce ne sont pas les morceaux nobles, découpés par le boucher du coin qui sont en cause, mais les préparations :  hachés, plats préparés,  charcuteries ou  surgelés. Tous ce qui n’est pas fait sous vos yeux et dont vous ne connaissez pas la composition exacte est désormais suspect. Ce n’est pas la viande d’exception qui vient du Brésil, d’Irlande avec un tampon bio et que vous allez payer au moins 50% plus cher qu’une viande wallonne, mais plutôt la viande de monsieur et madame tout le monde, celle qui provient de l’élevage intensif. Si ces produits sont devenus douteux c’est parce que le consommateur ne raisonne qu’en fonction du prix. Moins votre pouvoir d’achat est élevé plus le risque de consommer des produits de piètre qualité augmente.  Le grand drame de notre alimentation c’est son industrialisation. On a du mal à se rappeler qu’avant la révolution industrielle nos ancêtres mangeaient environ 20 kilos de viande par an. La viande, au temps de la révolution française, c’était pour le dimanche pas pour un autre jour. En deux siècles notre consommation a été multipliée par 4.  Nous ferions mieux d’en manger moins. De ne pas oublier les viandes blanches au lieu de nous précipiter sur la viande rouge. C’est enfoncer des portes ouvertes. Et paradoxalement, malgré les scandales sanitaires, la qualité de ce qui se retrouve dans nos assiettes n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui.

Les agriculteurs protestent, ont-ils raison de le faire ?

Ils sont les victimes collatérales du scandale actuel. Et pourtant ils sont comme les consommateurs co-responsables de ce qui nous arrive. L’agriculture intensive ne s’est pas faite sans l’accord des agriculteurs. La promotion de races issus de croisements génétiques comme le blanc bleu belge ou le porc piétrain, c’était même la fierté du monde agricole.  Il s’agissait de produire plus pour vendre plus. Avant le scandale Veviba nous avions la viande aux hormones, le poulet à la dioxine. A chaque fois effectivement ce sont quelques tricheurs qui salissent tout un secteur. C’est injuste mais le même phénomène est vrai pour les hommes politiques, les fabricants de voitures ou les journalistes. Il est sans doute grand temps que la filière viande apprenne à avoir un peu de considération. De la considération pour les animaux qu’elle vend, pour les agriculteurs qui les élèvent, mais aussi pour les consommateurs qui vont l’acheter.

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