Coens-Bouchez, les limites d'une mission

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le Palais parie donc sur deux novices. Présidents de parti frais émoulus, même pas élus lors du dernier scrutin. Dans Ce Pays, le temps comme les hommes, passe décidément très vite.

Au MR (pour une deuxième fois) et au CD & V de jouer, là où toute la classe politique flamande en appelait à Bart De Wever.

Insupportable

Paul Magnette arrivé en fin de mission, le président de la N-VA devait démontrer qu’il pouvait faire aussi bien : dégager les prémices d’un accord et trouver une majorité parlementaire pour éventuellement le soutenir.

Bart De Wever honnissant l’arc-en-ciel (paars-groen), à lui de prouver, en tant que premier parti du pays, qu’il pouvait monter une alternative. Mais en quelques heures, l’homme a multiplié les déclarations, frisant l’insulte tant à l’égard des Francophones, du PS que de l’Open VLD, se plaçant de facto hors-jeu. Le Roi ne pouvait dès lors pas confier une mission à un incendiaire. Place donc aux partis restés les plus proches de la N-VA : le CD & V et le MR, ceux qui n’ont eu de cesse de répéter que les nationalistes devaient figurer dans la prochaine coalition. Il revient donc à Georges-Louis Bouchez et à Joachim Coens de démontrer que la N-VA fait toujours partie (ou pas) de la solution.

Bart De Wever a aussitôt salué l’initiative royale : Avec la nomination de Joachim Coens et de Georges-Louis Bouchez, il semble que la piste d’un arc-en-ciel soit heureusement écartée. La N-VA entend toujours éviter de porter la responsabilité de la crise.

Au-delà des fêtes

Les deux nouveaux informateurs vont donc devoir tester ce qui est encore faisable avec la N-VA. L’axe MR-CD & V a souvent fonctionné mais il pèse désormais bien peu : 26 députés à présent pour 38 en 2014 ! Le gouvernement Michel est passé par là. Et si en 2014, le tandem de formateurs Peeters-Michel a forgé le gouvernement que l’on sait et fourni le Premier, on reste aujourd’hui éloigné de la solution.

Il conviendra également aux deux formations de choisir. Au MR, Georges-Louis Bouchez a souvent montré durant la campagne électorale sa proximité politique avec la N-VA, même si elle a précipité la chute du gouvernement de Charles Michel. Durant la campagne interne, il défendait la N-VA : Exclure la N-VA du fédéral, c’est risquer une catastrophe. Va-t-il à présent à la catastrophe ? Son parti est aussi très divisé sur la question.

Pour Joachim Coens, il s’agit d’assurer la pérennité de sa formation au pouvoir. Le CD & V n’est indispensable dans un arc-en-ciel même si les chrétiens-démocrates lui apporteraient un confort et une légitimité accrue en Flandre.

La mission Coens-Bouchez doit à nouveau vérifier l’étendue des possibles. Paul Magnette a fait bouger des lignes, mais pas suffisamment pour dégeler le CD & V et pousser la Flandre politique à tourner le dos à ses deux principaux partis. Les deux néo-présidents disposent de moins de 10 jours avant un premier rapport. De quoi voir leur mission prolongée, et ainsi permettre au Palais et au pays de passer les fêtes, et souffler la première bougie de l’absence d’un véritable gouvernement fédéral. Un an déjà.

 

@PhWalkowiak

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