Charles Michel, l'art du placement

Charles Michel, l'art du placement
Charles Michel, l'art du placement - © Tous droits réservés

Charles Michel va donc devenir président du Conseil européen. C’est le point d’orgue d’une carrière menée de manière déterminée. Charles Michel cultive, depuis sa sortie de l’unif, l’art du placement. En cyclisme, l’art du placement est de cultiver la bonne position dans une échappée. Cultiver sa capacité à profiter de la chance, il en faut. Savoir se protéger, éviter les chutes, éviter les efforts inutiles, s’adapter à tout jusqu’à l’opportunisme. Mais surtout, surtout, c’est la règle numéro un : cacher son ambition. Si vous en montrez trop, personne ne roulera pour vous. Vous commencez à gagner quand vos adversaires doutent de vous ou vous oublient. Pour ça, il faut de l’ambition, de la patience et de la chance. Charles Michel a eu tout ça dans sa carrière.

Ministre par héritage

La chance d’abord, c’est d’avoir été le fils de l’homme politique le plus puissant du début des années 2000, Louis Michel. Ce qui lui permet à 24 ans de devenir ministre wallon. Les barons socialistes ne supporteront pas son style osé, ils le lâcheront lui et son père en 2004.

Président de parti par conjuration

Charles Michel en gardera une profonde amertume. Après cette gifle, le MR change de président, voilà Didier Reynders. Charles Michel va très vite comprendre que s’il veut à nouveau briller, il faudra lâcher Didier Reynders en pleine côte. Voire le pousser dans le fossé. C’est ce qu’il va patiemment réaliser en montant une conjuration contre lui avec le groupe renaissance. Il compte chaque faute commise par Didier Reynders qui, persuadé d’être le plus fort du peloton, prend tous les risques en tête. Derrière, caché, Charles Michel prépare lentement une contre-attaque. Après les élections de 2009, il va rouler contre son leader et lui voler son maillot de président de parti. Sans pitié. De là, Charles Michel va se replacer et attendre la prochaine occasion…

Premier ministre par effraction

En 2014, Charles Michel ose tout. Il ose renier ses promesses de campagne, casser les règles, sauter seul dans la roue de trois partis flamands, dont la N-VA. Il prend tous les risques. Et il saura se faire payer. Avec un poste de Premier ministre dont le CD&V n’a pas voulu. Avec ce qu’il faut de chance et de détermination Charles Michel devient Premier ministre, un Premier ministre par effraction, sous les huées de l’opposition. Cet épisode laisse de telles traces qu’aujourd’hui rares sont les hommes et femmes politiques francophones qui lui ont rendu hommage en dehors de son parti.

Président du Conseil par tactique

Voilà donc que Charles Michel devient président du Conseil. Il nous faudra un peu de temps pour comprendre comment s’est déroulée la négociation. Mais il faut constater qu’elle intervient après une claque électorale pour son parti et pour la majorité sortante. Mais avec ce qu’il faut de chance et de détermination, avec l’air de ne pas y toucher, en n’étant pas officiellement candidat Charles Michel a construit patiemment et résolument des réseaux européens depuis des années. Il accède au top de la politique européenne, sans avoir convaincu sa communauté, les francophones. Les sondages de popularité sont assassins pour lui. Mais Charles Michel n’a jamais trop compté sur sa popularité. Il a surtout cultivé l’art du placement.

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