Ce que révèlent les incidents de Puurs sur l'extrême droite flamande

Ce que révèlent les incident de Puurs sur l’extrême droite flamande
Ce que révèlent les incident de Puurs sur l’extrême droite flamande - © Tous droits réservés

Cet article a été modifié en date du 23 octobre 2020 pour rectifier une inexactitude concernant Rob Verreycken.


La commune de Puurs, en province d’Anvers, a été la scène de plusieurs incidents la semaine dernière. Tout a commencé par la circulation, sur les réseaux sociaux, d’une vidéo montrant un jeune garçon de 15 ans se faire harceler. Une vidéo que l’extrême droite s’est empressée de récupérer.

Les images sont choquantes: on y voit un adolescent se faire violenter et humilier par un groupe de six autres jeunes. Très vite, elles font le tour de la Toile, et sont relayées par les médias. L’origine présumée des agresseurs est dans la foulée mentionnée, ou en tous cas le fait qu’ils sont "allochtones", comme on dit communément en Flandre pour désigner les personnes issues de l’immigration. 

Emoi et récupération

La vidéo d’une grande cruauté a évidemment suscité beaucoup d’émoi et de réactions d’indignation. Très vite, l’agression a toutefois été récupérée par l’extrême droite. Sur les réseaux sociaux, un internaute a balancé l’adresse présumée d’un des agresseurs, une adresse où plusieurs individus se sont rendus pour y lancer des projectiles… sauf que la maison était en fait celle de quelqu’un d’autre.

L’école d’un des harceleurs a également été la cible d’actes de représailles. Plusieurs élèves de couleur y ont été pris à parti. Même scénario à la gare de Puurs, où des personnes issues de l’immigration ont dû être protégées par la police en descendant du train. 

Tous ces incidents ont eu lieu en marge de deux manifestations, l’une vendredi, et l’autre dimanche. Toutes deux étaient organisées par des groupes d’extrême droite. 

Mêmes méthodes, autre endroit

Ces événements révèlent une fois de plus que l’extrême droite est de mieux en mieux organisée, et qu’elle mobilise aussi de plus en plus de monde. Alors qu’ils n’étaient que quelques dizaines à participer à ces regroupements il y a quelques temps encore, ils sont aujourd’hui des centaines à rejoindre les contestations. 

Les rassemblements en question sont l’initiative de plusieurs groupuscules néonazis, les mêmes groupes que ceux qui ont organisé il y a quelques mois une manif contre la politique de gauche à Malines, ou encore en faveur de la police à Ostende, après les incidents de Blankenberge. A chaque fois, les mêmes méthodes sont utilisées: les initiateurs mobilisent leurs partisans sur les réseaux sociaux. Ils mènent leur manifestation malgré l’interdiction des autorités, et scandent des slogans haineux et islamophobes. 

Une enquête du journal De Morgen a dévoilé l’identité de certains de ces groupes. On y retrouve notamment la Légion flamande, dont le pick-up paré d’un drapeau nazi avait été détecté lors du rassemblement anti-gouvernement au Heysel. Il y a aussi Schild en Vrienden, le Voorpost ou encore Bloed Bodem Eer en Trouw. Certaines figures refont aussi régulièrement surface, parmi lesquels notamment l’ex-député flamand du Vlaams Belang, Rob Verreycken, lui-même père du jeune de 17 ans qui avait fait un salut nazi au Fort de Breendonck il y a un an.

Et le Vlaams Belang dans tout ça?

Comme à leur habitude, c’est surtout sur les réseaux sociaux que les représentants du Belang ont été le plus actif. Dimanche, lors de la 2e manifestation, on a bien pu voir l’un ou l’autre député flamand du VB parmi les protestataires. Mais les grandes figures du parti s’en sont principalement tenues à relayer leur propagande sur internet. Car il faut le dire: qu’il s’agisse du parti officielle de la droite radicale flamande ou de groupuscules néonazis, tous ont le même objectif : se présenter comme des héros venant protéger les Flamands et leurs enfants contre la présupposée menace étrangère ou islamiste.

On notera d’ailleurs pour la petite histoire - puisqu’on tient apparemment à mentionner l’origine des agresseurs - que trois d’entre eux sont des Arméniens chrétiens, l’un est Flamand catholique, et les deux autres musulmans. 

On retiendra aussi que chaque incident semble être l’occasion pour l’extrême droite de faire passer un message. Vendredi, pendant la première manifestation qui avait rassemblé plusieurs centaines de personnes, une voiture avait foncé dans la foule. Très vite, le président du Belang, Tom Van Grieken, avait tweeté, vidéo à l’appui, qu’il s’agissait d’une tentative d’attentat. D’autres images ont cependant dévoilé que les passagers du véhicule, d’origine étrangère, avait d’abord été attaqués par des manifestants, et avaient alors pris la fuite par panique. Un scénario qui a depuis été confirmé par la police. 

Retour à la normale? 

Le bourgmestre de Puurs l’espère en tous cas. Koen Van den Heuvel (CD&V), lui-même aujourd’hui sous protection policière, l’a déclaré: "Il est hors de question que sa commune devienne le champ de bataille des groupes extrémistes". Une position qu’une partie des habitants semble partager. Des messages de paix ont ainsi émergé un peu partout dans l’espace public. L’un d’eux résume bien l’état d’esprit de ces citoyens: " iefde is Puur(s)", l’amour est Puur(s). "Halte au harcèlement", indique un autre message, qui vient rappeler la source du problème, et qui pointe une pratique que l’extrême droite adopte, elle aussi, à l’encontre des personnes d’origine étrangère, et de toutes celles et ceux qui s’opposent à ses opinions.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK