Ce que l'affaire Kir dit du PS

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Après des années de tergiversations, de reculades, d’aveuglement et de renoncement, le PS a donc fini par trancher : Emir Kir, député fédéral, bourgmestre, ex-secrétaire d’état bruxellois doit être exclu du parti. Mais au-delà de la " simple " rencontre avec des maires turcs d’extrême-droite c’est toute l’incorporation d’un électorat d’origine étrangère qui est aujourd’hui remise en cause, et cela dépasse sans doute le seul Parti Socialiste.

Intégration…

La sociologie bruxelloise a fortement évolué ces cinquante dernières années. Aujourd’hui, un Bruxellois sur trois n’est pas de nationalité belge et la moitié des habitants de la Région-Capitale ne sont pas nés belges ! Bruxelles avec 179 nationalités différentes, est même devenue l’une des agglomérations les plus cosmopolites du monde, bien plus que Paris, New-York ou Londres.

Pendant longtemps, la représentation politique a ignoré cette réalité. Certaines formations politiques peinent toujours d’ailleurs à s’y adapter. Dans les années 90, le Parti Socialiste a été le premier à s’ouvrir à cette nouvelle réalité, soucieux d’intégrer les classes les plus populaires mais aussi à contester le leadership libéral.

La répartition très inégale des populations d’origine étrangère, principalement turque et marocaine, au sein des communes bruxelloises a achevé de complexifier la situation.

…et attrape-voix

Au sein de la fédération bruxelloise, Philippe Moureaux, qui a ensuite transmis le relais à Laurette Onkelinx, a été l’instigateur de cette politique. Un peu comme pour les connexions politico-financières à Liège, la présidence du parti (Busquin, Di Rupo) a été mise devant le fait accompli et a surtout laissé faire. Ici, l'action a été déclenchée par un simple militant, pas par la hiérarchie du parti.

Alors qu’en Wallonie, les fédérations socialistes ont longtemps été réticentes aux candidats issus de l’immigration (cf. les déboires d’un certain… Elio Di Rupo au sein de la fédération Mons-Borinage à la fin des années 80’), le PS bruxellois a ouvert très large les portes… et les sièges à pourvoir. Le seul critère semblait alors la popularité au sein de sa communauté. Mais l’exercice a ses limites. En 2009, aux élections régionales Emir Kir réalise le deuxième score socialiste derrière Charles Picqué, il ne sera pourtant que simple secrétaire d’état et c’est finalement Rudi Vervoort, bien moins populaire qui est choisi pour reprendre la région bruxelloise. Emir Kir est exfiltré vers la Chambre pour ne pas faire d’ombre. Situation identique à la ville de Bruxelles : quand Freddy Thielemans s’efface, ce n’est pas le seconde en voix qui lui succède, Faouzia Hariche, mais Yvan Mayeur et Philippe Close ensuite.

De plus en plus, Emir Kir s’est ancré, replié sur la communauté turque d’où il tire sa force électorale. Cette communauté reste bien plus attachée à l’homme fort d’Ankara, que les " Turcs de Turquie " : Erdogan recueille 75% des voix en Belgique pour 55% au pays. Le gouvernement turc vient de décider en outre d’envoyer 40 imams chez nous.

La Turquie d'Erdogan peut se montrer reconnaissante. Mahinur Ozdemir, première députée voilée et exclue du cdH pour avoir refusé de reconnaître le génocide arménien est ainsi aujourd'hui ambassadrice de Turquie en Algérie !

Entre deux fidélités, Emir Kir a souvent préféré celle au pays de ses ancêtres et au régime en place. Le PS vient seulement d’ouvrir les yeux. L’effet d’un changement de présidence ?

 

@PhWalkowiak

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK
Soir Première
en direct

La Première Bxl

Soir Première