"cdHexit": coup de poker ou coup dans l'eau?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Il y a une semaine, Benoît Lutgen abattait ses cartes : pour le cdH, le PS est devenu infréquentable. Les démocrates-humanistes ne veulent plus gouverner avec les socialistes, sans que l’on sache finalement si c’est le cdH qui part ou si c’est le PS qui est mis dehors par le parti de Benoît Lutgen.

Une semaine plus tard, les gouvernements sont toujours en place et de plein exercice tant à Bruxelles, en Wallonie qu’en Communauté Française®. A ce stade, rien ne dit que cette situation ne perdurera pas, peut-être même jusqu’aux élections régionales de mai 2019.

Enlisement

A l’annonce de Benoît Lutgen, on s’attendait à une Blitzkrieg, avec installation rapide des nouveaux coalisés dans les trois gouvernements convoités, cela tourne tout doucement à la guerre des tranchées, si pas à la drôle de guerre où chacun s’observe bien plus qu’il n’agit.

Au cdH, Benoît Lutgen cherche son second souffle. Au MR, Olivier Chastel et les siens se montrent très prudents. Si en coulisses, les libéraux piaffent d’impatience à l’idée de remplacer les socialistes, de les renvoyer dans l’opposition, la réalité est plus prosaïque. Hormis un retour inattendu à la manœuvre, qu’est-ce que le MR peut gagner dans l’aventure ?

Renvoyer le PS à ses études ne fait pas un programme de gouvernement. Olivier Chastel le sait, d’où sa volonté d’imposer une marque " libérale " à la future action putative du gouvernement wallon. Négocier un programme socio-économique, ça peut prendre du temps. Il reste un an maximum pour poser des actes qui comptent. Dès l’été 2018, ce sera la campagne des communales et dans certaines villes et communes, MR et cdH seront adversaires ; la campagne pour les législatives/régionales/européennes de mai 2019 enchaînera immédiatement. De plus, Olivier Chastel souhaite que les gouvernements auxquels participeraient les libéraux viennent en appui du gouvernement fédéral de Charles Michel. Souci légitime, mais pas sûr que DéFI, Ecolo et même le cdH qui depuis près de trois ans dénoncent les " méfaits " de la politique fédérale, l’entendent de la même oreille.

21 juillet

Benoît Lutgen aura réussi son coup si le 21 juillet, trois nouveaux ministres-présidents remplacent leurs prédécesseurs socialistes à la tribune du défilé.

Si en Wallonie, les choses peuvent rapidement avancer cela risque de coincer dans les deux gouvernements siégeant à Bruxelles.

A Namur, il reste à voir si MR et cdH se contenteront de leur très courte majorité (38/75 avec des commissions où ils ne disposeraient pas de la majorité), sachant que deux députées seront en juillet en congé de maternité.

A Bruxelles, le PS de Laurette Onkelinx a déjà annoncé que faute d'accord à la Fête Nationale, il reprendrait la main.

Pour l'instant, Ecolo et DéFI donnent le tempo; ils ont fait chacun à leur manière de la "bonne gouvernance", la priorité sine qua non. Les autres matières attendront, ce qui retardera d'autant la mise en place de nouveaux exécutifs.

Tous les partis ne montrent guère d'enthousiasme à venir en aide de Benoît Lutgen c'est que, tant au MR, chez Ecolo ou DéFI, un affaiblissement du cdH ne serait pas forcément vu comme une mauvaise nouvelle. Un coup de poker peut très vite se transformer en véritable coup de Jarnac ...

 

@PhWalkowiak

 

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