cdH ou tourner la page Milquet

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Elle avait fini par se confondre avec son parti : le cdH c’était Milquet et inversement au point que d’aucuns aujourd’hui ont oublié le vieux PSC. Elle avait déjà eu bien du mal à laisser son " bébé " à quelqu’un d’autre, c’est maintenant le parti qui va devoir faire sans elle et ce n’était pas vraiment prévu.

La dure réalité des chiffres

Quand en 1995, Gérard Deprez envisage de confier les rênes du PSC à Joëlle Milquet, celui-ci représente encore … 21,6% de l’électorat wallon faisant quasi jeu égal avec les libéraux (23,6%). Par contre, à Bruxelles, il est déjà sous la barre des 10%.

Quand Joëlle Milquet hérite à la fois de l’opposition (après 40 ans de présence ininterrompue au pouvoir) et du parti, ce dernier est certes traumatisé mais pèse encore 17,1% en Wallonie et 7,9% à Bruxelles. On croit alors que le parti a touché le fond. Lors du dernier scrutin, il en était à 15,2% en Wallonie et 10,4% à Bruxelles. Le dernier baromètre Dedicated pour la RTBF et La Libre crédite le cdH de 12,6% en Wallonie et 7% au parlement bruxellois.

La transformation en cdH n’a pas redonné des couleurs au vieux PSC mais a sans doute enrayé sa quasi-disparition à Bruxelles.

Une ligne idéologique floue

Avec son renvoi dans l’opposition et le relifting démocrate-humaniste, le parti a aussi perdu ses liens avec le MOC et la CSC, ce que le CD&V (qui a aussi connu une opération similaire) a su conserver vaille que vaille.

L’abandon de la référence chrétienne a fait grincer des dents, et dans le sud wallon, cela continue à faire des regrets. Dans le même temps, l’opération ouverture multi-culturelle/confessionnelle à tous vents aura indisposé des militants de longue date. Mais puisqu’ à Bruxelles l’opération fonctionnait et que surtout dès 2004, le parti retrouvait les dorures des cabinets ministériels, beaucoup ont préféré fermer les yeux.

A contrecœur, Joëlle Milquet a passé la main à la tête du parti ; de même, elle a dû accepter le portefeuille de l’Intérieur que lui avait négocié Benoît Lutgen, soucieux de donner une image plus " martiale " du cdH ; ultime faveur, elle était alors parvenue à garder une main sur la multiculturalité en gardant la compétence " égalité des chances ". Et c’est de là d’ailleurs que viendront ses actuels soucis judiciaires, en engageant à quelques encablures des élections 6 " cabinettards " bruxellois issus de l’immigration.

Le cdH version Lutgen n’est déjà plus celui de Joëlle Milquet. Il lui reste toutefois à garantir sa pérennité et sans sa fondatrice, ce sera sans doute plus difficile mais cela permet aussi de solder les éventuels écarts d’une période ou de rendre une alliance à droite plus facile, à condition de garder un certain poids politique, ce qui n’est pas garanti.

 

@PhWalkowiak

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