CD&V, chantage sur la démocratie

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Joachim Coens persiste et signe. Non content d’avoir renvoyé pour la troisième fois, la loi IVG au Conseil d’Etat, ce jeudi à la Chambre, il décide de bloquer toutes les avancées en vue de tenter d’essayer d’éventuellement former un gouvernement. La bouderie sera finalement de courte durée.

Le petit CD&V (12 députés sur 150) oublie qu’il n’est plus le tout-puissant CVP (29 encore en 1995). La déchéance est difficile à vivre, le parti se cherche une raison d’être dans une Flandre dominée idéologiquement par le conservatisme du Vlaams Belang et désormais de la N-VA.

Identité

Quand une formation subit sa pire défaite électorale, le réflexe de survie constitue souvent à en revenir aux valeurs historiques du parti. Le 26 mai 2019, les chrétiens-démocrates flamands ont atteint le plus bas score de leur histoire. Pour président, ils se sont choisi le fils d’une figure emblématique des dernières belles années du CVP, originaire de plus de la seule région de Flandre où ce parti pèse encore quelque peu. Le réduit historique.

Dans la famille politique chrétienne belge, la crise politique provoquée en 1990 par le vote de loi dépénalisant partiellement l’IVG a laissé des traces. Votée contre l’avis des deux partis chrétiens, pourtant au gouvernement, certains y voient le début du déclin de la prégnance du CVP sur la vie politique belge. Un symbole. Surtout pour un parti qui se pose aujourd’hui la question de sa survie.

Joachim Coens n’a jamais été parlementaire. Mais le vote de cette loi cristallise visiblement, tous les tourments et les errements actuels de sa formation, qui entend toujours influer le cours politique de Ce Pays.

Plus que jamais tout devient communautaire

La séquence politique de ce jeudi a ulcéré une certaine Flandre. Au point de voir, le député fédéral et ex-secrétaire Hendrik Bogaert (CD&V) souhaiter la sécession de la Flandre. Les commentaires de la N-VA et du Vlaams Belang allaient dans le même sens ; d’ailleurs, les deux formations nationalistes n’ont pas manqué de justifier le renvoi au Conseil d’Etat par le fait que cette proposition de loi n’était pas soutenue par une majorité flamande. Oubliant que cela fut la pratique généralisée du gouvernement Michel sur pratiquement toutes les lois pendant 5 ans, à l’égard des Francophones.

De son côté Georges-Louis Bouchez ne pouvait que rester fidèle à la ligne que son parti s’est toujours fixée sur les dossiers éthiques : la liberté de vote.

Décemment et politiquement, le président du MR ne pouvait pas tordre le bras de ses députés, dont certains étaient cosignataires ? Accepter en quelque sorte le chantage : un gouvernement fédéral uniquement si on enterre la nouvelle loi sur l’IVG.

En jouant la carte du chantage, le président du CD&V démontre qu’une coalition à 76 demeurera sans cesse fragile, soumise aux états d’âme de l’un ou l’autre.

Mais plus globalement, c’est la démocratie belge qui est mise à mal. Comment peut-on dénommer un pays dont la minorité peut bloquer à l’infini une décision qu’une majorité parlementaire, démocratiquement élue, a choisi de prendre en toute connaissance de cause ?

Mais peut-être que pour le CD&V (comme pour le VB ou la N-VA) la démocratie belge n’existe plus, qu’elle doit laisser sa place et passer à autre chose ?

 

@PhWalkowiak

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