Carnaval communautaire

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

L’air de rien, le bon vieux débat communautaire belgo-belge a profité du congé de Carnaval pour (re-)pointer le bout de son nez. Un peu comme le printemps qui nous revient précocement après le rude hiver.

(2+2) vs (4x1)

La pandémie et la longueur de la crise politique l’ont fait oublier mais le gouvernement De Croo s’est engagé à porter sur les fonts baptismaux une nouvelle réforme de l’Etat. Comme le temps pressait, les sept partis de la coalition fédérale ont essentiellement pris soin de ne pas fermer le débat, faute d’accord entre eux. D’ailleurs même au sein de chacune des formations politiques, le consensus demeure aléatoire.

L’accord de gouvernement (p.79sv) reste évasif sur la question mais pose toutefois certaines balises. Deux ministres des réformes institutionnelles portent le débat.

La CD&V Annelies Verlinden sortait la première du bois. Sans surprise, elle reproduit la vision majoritaire au nord du pays du fonctionnement d’une Belgique cogérée par les deux principales communautés linguistiques, avec des compétences réduites pour Bruxelles et l’Ostbelgien. Soit la vision que le mouvement flamand tente d’imposer au moins depuis la fixation de la frontière linguistique, il y a près de 60 ans !

Et bien entendu, les francophones s’insurgent et Theo Francken approuve. A noter qu’au sud du pays, il n’y a pas de véritable contre-proposition. Comme à chaque fois, les partis du sud vont s’avancer vers cette Septième Réforme de l’Etat en ordre dispersé, en désaccord entre eux.

Gagner du temps

Le ministre francophone des réformes institutionnelles temporise. La piste envisagée ne figure pas dans l’accord du gouvernement et de rappeler que cet accord prévoit précisément de consulter la population. Sur quelle base ? Avec quelles questions ? Il est d’ailleurs piquant de constater que jamais le citoyen n’a été directement consulté sur le sujet même quand il s’est agi de "déplacer" des populations de l’autre côté de la frontière linguistique. Ce fut même la première revendication du mouvement flamand dans les années 50 : la suppression du volet linguistique du recensement décennal de la population afin que précisément que l’on ne sache plus quelle langue était parlée dans les villages de la frontière linguistique !

Politiquement, il convient désormais pour l’équipe De Croo que la question communautaire et la future réforme de l’Etat n’empoisonnent pas la vie politique jusqu’en 2024. Ce projet de consultation permet de garder le débat en dehors du cénacle fédéral.

Mais inlassablement, la question reviendra : quelle Belgique est possible/souhaitable au-delà de 2024 ? Les modèles sur la table (une Belgique gérée par les deux communautés vs une Belgique à quatre régions fortes et égales) ne sont pas compatibles entre eux.

Le modèle fédéral belge n’a jusqu’ici été qu’une suite de malentendus et les réformes successives n’ont généralement servi qu’à régler les problèmes de l’heure bien plus que d’envisager un réel vivre-ensemble différent et cohérent.

Pourquoi serait-ce différent cette fois ?

 

@PhWalkowiak

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