Cachez ce voile que je ne saurais voir (ou pas)

Belgique, terre d’importation ou quand Paris tousse, Bruxelles éternue. Bruxelles mais pas Brussel, ni même Namur.

Les partis francophones belges souffrent d’un complexe d’infériorité vis de leurs homologues français, comme gênés par la faconde, les outrances, les antagonismes aiguisés ou l’affrontement binaire de la politique française. Mais la Belgique n’est pas la France, et Ce Pays reste une terre de concertation et de négociations ch… tes, interminables et incompréhensibles au commun des électeurs-citoyens.

Laïcité-ke

La laïcité "à la française" n’existe pas chez nous. La Belgique elle, reconnaît et finance des Cultes (et une laïcité reconnue), organise des cérémonies religieuses officielles (Te Deum) là où la France a légalement coupé les liens avec les religions et où le chef de l’État parle plutôt à la Nouvel An qu’à Noël, comme chez nous.

Depuis une trentaine d’années, le débat sur le voile et plus largement sur la place de l’Islam dans la société belge resurgit à termes réguliers. Cela permet à quelques-uns de tenter de marquer des points politiques sur le champ électoral. Mais, cela illustre le vide du débat belge sur la question. Si la loi française est relativement claire sur la question, le législateur belge (et singulièrement wallon et bruxellois) s’est toujours bien gardé de le faire. C’est donc, cette non-décision répétée, cette lâcheté assumée qui revient régulièrement à la figure des principaux intéressés.

On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment (cardinal de Retz)

De petites lâchetés en vagues compromissions, par électoralisme le plus souvent, dans un sens ou dans l’autre, notre classe politique, empêtrée dans ses contradictions, évite le débat de fond sur ce sujet de société.

Le Parti Socialiste reste divisé, entre Wallons et Bruxellois. Côté bruxellois, Philippe Close et Rudi Vervoort, les deux leaders ne disent pas la même chose. Paul Magnette se voit réduit à cultiver cette ambiguïté. Même chez Ecolo, les sensibilités diffèrent, comme sur la question de l’abattage rituel accepté par les Verts wallons, refusés par les Bruxellois. Le cdH wallon de Lutgen-Prévot n’est plus/pas le bruxellois de Milquet. De son côté, DéFI paraît prêt à faire de la laïcité un sujet de gouvernement. Jusqu’où ?

Dans ces conditions, le MR a beau jeu de brandir la laïcité publique. Mais cela relève de l’opportunisme ; pas sûr en effet que, s’il est un jour question de l’argent public versé à l’enseignement catholique, on retrouve cette même fougue laïque, comme le MR a décidé depuis longtemps de botter en touche sur les sujets éthiques (avortement, mariage homosexuel, euthanasie, adoption par les couples homosexuels, etc.) parce que ces enjeux divisaient profondément le parti.

Dans une démocratie qui s’assume, le débat sur le port des signes convictionnels dans les administrations se ferait au sein des parlements, sur base des textes des uns et des autres, pour dégager un consensus, une solution qui rassemble plus qu’elle ne divise, suivant les opportunités de l’instant.

On en est loin.

 

@PhWalkowiak

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