C'est par où l'Eldorado ?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Les historiens vous le diront : l’Eldorado est un mythe. Mais Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer selon l’aphorisme tantôt attribué à Charles le Téméraire, tantôt à Guillaume d’Orange.

Le Pacte National pour les Investissements Stratégiques jouit pour l’instant d’un mérite essentiel : celui d’exister.

La faute politique historique

La Belgique est progressivement devenue le pays européen où l’on investit le moins, principalement dans les infrastructures. Pourtant jusque dans les années 70 du siècle dernier, ce pays était loué pour ces mêmes infrastructures.

Cela a été le sceau des gouvernements Martens-Gol : réduire drastiquement les investissements publics pour diminuer la dette belge colossale, les gouvernements Dehaene, dans la marche forcée vers l’euro, n’ont pas agi autrement.

La régionalisation aura confié l’essentiel des infrastructures aux régions. Si les routes wallonnes sont truffées de nids-de-poule, les tunnels bruxellois s’effritent ou les canaux envasés, ce n’est pas la faute au gouvernement de Charles Michel, n’en déplaise au PS, mauvais coucheur sur le coup. Pendant longtemps, quel que soit le gouvernement, il a été plus facile de retarder des réparations, de délaisser la mobilité que de prendre des mesures budgétaires courageuses.

Et l’argent ?

150 milliards sur 10 ans, financés à 55% par le privé. Les pouvoirs publics sont donc priés de trouver chaque année 6,75 milliards à investir. Le pacte a été initié par le fédéral, confié à un aréopage de patrons. Dans le pays du consensus social, des budgets étriqués et des compétences éclatées, ce n’est sans doute pas la meilleure idée, même s’il n’est pas trop tard pour corriger le tir.

Sur le fond, le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA) ne dit pas autre chose que ses homologues socialistes : les investissements publics sont déjà à leur maximum, l’Europe reste pointilleuse sur l’usage de l’argent public. Même la prospère Flandre a donc des doutes.

Le Plan pointe des secteurs prioritaires (comme feu le plan Marshall wallon) : énergie, enseignement, mobilité, santé etc…. A chaque fois, très largement dans le champ des compétences régionales et communautaires.

Le manque de concertation initial risque de gripper la mise en route.

Il convient de mettre au crédit de Charles Michel de tracer une perspective, de proposer des axes d’action. La période électorale trouble le propos et rend suspecte l’ambition, certes. Voltaire envoyait son Candide découvrir l’Eldorado, utopie permettant à l’homme à prendre son destin en mains.

Puisse ce plan, ces investissements dépasser le stade des utopies…

 

@PhWalkowiak

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