Bruxelles sans moto ni scooter : le buzz se dégonfle

Bruxelles sans moto ni scooter : le buzz se dégonfle
Bruxelles sans moto ni scooter : le buzz se dégonfle - © Tous droits réservés

"Les motos polluantes interdites dès 2022". Voici un titre de presse qui a du interpeller les propriétaires des 498.000 motos immatriculées en Belgique. Et même si elles ne sont qu'une poignée à circuler dans la capitale, elles permettent tout de même de fluidifier le trafic puisqu'un deux-roues motorisé ne contribue pas à la formation d'embouteillages. Mais comme tout engin muni d'un moteur thermique, les motos et autres scooters polluent, c'est incontestable. De là à les éliminer dans trois ans, sans autre forme de procès, il y a un pas que la Région bruxelloise n'a pas encore franchi, contrairement à ce que le laisse supposer ce titre d'un confrère un peu trop pressé. Alors, où en sommes-nous dans le dossier ?

Des mesures, oui, mais pas tout de suite

Depuis la parution du plan climat, il y a quelques semaines, on sait que les véhicules fonctionnant exclusivement à l'essence et au diesel sont condamnés à terme dans la capitale. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne trouvera plus de voitures à moteur thermique puisque les hybrides ou celles fonctionnant au gaz naturel seront toujours autorisées. Et d'ici 2035 (fin de l'essence, 2030 pour le diesel), de l'eau aura coulé sous les ponts de la Senne et on peut prédire quelques adaptations. Qui peut en effet imaginer que tous les véhicules des bruxellois ou des navetteurs soient remplacés d'ici-là par des voitures propres ? Miser sur un véhicule électrique abordable et rechargeable par tous est un pari un peu risqué et prématuré. Quant à l'hydrogène, c'est probablement le carburant d'un futur un rien plus éloigné que les échéances annoncées.

Alors, on imagine bien que prendre une décision aussi contraignante pour les motos dans trois ans à peine relève du pur fantasme. C'est d'ailleurs pour cela que la Région, ainsi que Bruxelles-Environnement, ont rapidement publié un démenti. Ou plutôt un correctif. Car oui, on envisage bien d'interdire les deux-roues motorisés les plus polluants. Mais pour l'instant, c'est un projet qui doit être avalisé par une vaste étude menée en 2020. Au terme de cette étude seulement, les pouvoirs politiques pourraient prendre des décisions contraignantes pour certains deux-roues. On a le temps de voir venir...

Les oubliés des études environnementales

Avec une moyenne annuelle inférieure à 3000 km, le motard belge roule cinq fois moins que l'automobiliste. Bon, ce n'est pas le cas des motocyclistes navetteurs, mais on peut raisonnablement imaginer que le kilométrage annuel moyen représente moins de deux pour cent des 100 milliards de kilomètres parcourus par l'ensembles des moyens de transports belges (et on ne parle pas des étrangers en transit). Et sachant que beaucoup de conducteurs de deux-roues possèdent aussi une voiture, on comprend que les politiques environnementales visent avant tout les véhicules à quatre roues. Ce qui explique le retard pris par le secteur moto dans la lute contre la pollution. Ainsi, en janvier prochain, les nouvelles motos et les nouveaux scooters devront répondre à la norme Euro 5, avec neuf ans de retard sur les voitures !

Alors oui, objectivement, un deux-roues motorisé actuel émet plus de CO que les voitures. Dix fois plus que les essences modernes et vingt fois plus que les diesels d'après le Conseil international sur le transport propre (ICCT) ! Il rejette aussi plus d'oxydes d'azote, les NOx, qu'une voiture essence, mais moins qu'une diesel. Par contre, il émet moins de particules fines et moins de CO2. Un scooter 125 cc consomme environ 3 l/100 km quand une grosse moto sera à peine au double. Il ne faudrait pas oublier non plus la complexité et le prix des systèmes de dépollution actuels, difficilement adaptables sur des petits engins légers.

Alors oui, probablement qu'on interdira les scooters et motocyclettes les plus anciens. Sans doute que pour circuler en ville, un scooter électrique est plus indiqué. Mais pour tous les navetteurs qui viennent de loin, pour tous les motards bruxellois qui sortent de la capitale, pour tous les jeunes cyclomotoristes, gageons que la Région Bruxelloise ne leur interdira pas de sitôt de circuler avec un deux-roues alimenté par de l'essence. Parce que pour l'instant, on n'a pas encore d'équivalent aussi pratique et bon marché. Et quand on voit les nouveautés présentées lors du récent salon de Milan, la Mecque des salons motos, on se dit que le moteur thermique a encore un peu d'avenir...

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