Brussels Airlines redécolle ce lundi : une reprise d'activité qui a nécessité une remise à niveau des équipages et des avions

Ce lundi 15 juin aurait pu être un lundi comme les autres. Pour Brussels Airlines, ce sera loin d’être le cassera un moment pas tout à fait comme les autres dans l’histoire de Brussels Airlines. Après 12 semaines d’inactivité, ce qui n’était jamais arrivé, ce sera, à 8h35 très précisément, le moment du décollage de son premier avion. La compagnie belge va emmener ses premiers passagers vers Madrid, ouvrant ainsi la voie vers d’autres destinations dans la journée, Rome, Berlin, Lisbonne, Budapest ou encore Marseille. Au total, Brussels Airlines opérera 11 vols ce lundi, de quoi transporter environ 2000 passagers, ce qui représente environ 10% d’un jour normal au mois de juin de l’année passée.

Mais pour que ce redémarrage des activités puisse se faire en toute sécurité, il a fallu, en coulisses, une sacrée organisation, que ce soit au niveau des équipages, qu’il a fallu non seulement maintenir à niveau mais aussi et surtout préparer aux nouvelles conditions de vol, mais également au niveau des avions, qui, après une telle période d’immobilisation, ont nécessité une attention toute particulière avant de pouvoir retrouver le chemin du ciel.

Passagers masqués, peut-être stressés : hôtesses et stewards ont été formés

Dans la salle de briefing du siège de Brussels Airlines, les formations se sont enchaînées ces derniers jours. Pour ceux qui sont en contact avec les passagers de leur première à leur dernière minute à bord de l’avion, le travail en cabine sera forcément différent, adapté aux nouvelles conditions sanitaires : port du masque, pas de contact physique, déplacements limités à bord de l’avion.

Un air renouvelé toutes les trois minutes

Comment réagir face à un passager stressé, peut-être énervé par le port obligatoire du masque, ou inquiet parce qu’il redoute la circulation du virus dans l’air de la cabine qu’il respire : tout cela a été expliqué en long et en large lors de multiples séances de formation.

Notamment pour pouvoir expliquer, par exemple, que les fameux filtres HEPA qui permettent de renouveler l’air toutes les trois minutes dans la cabine d’un avion sont semblables à ceux que l’on retrouve dans les blocs opératoires des hôpitaux. Il y en a deux sur les modèles A320 et huit sur les long-courriers A330.

Nous allons retrouver nos procédures

Et puis, pour le personnel lui-même, il y a ces petits détails qui peuvent paraître un peu surprenants comme l’explique Séverine Brunet, chef de cabine : " Ce sera la première fois que j’arriverai à l’aéroport par le terminal et ce sera pour moi le passage le plus compliqué puisqu’on n’a pas l’habitude de le faire. Je prendrai donc beaucoup de temps pour arriver à l’aéroport afin d’être à l‘heure pour le vol. Mais une fois dans l’avion, ce ne sera pas compliqué parce que nous allons retrouver nos procédures, nos méthodes de travail. L’avion est vraiment notre deuxième maison et il n’y aura aucun souci ".

La présence avant tout 

Mais cette expérimentée chef de cabine – elle est arrivée dans la compagnie il y a vingt ans – s’attend tout de même à ce que les premiers passagers soient à la fois un peu excités et craintifs : " il y aura certainement beaucoup d’enthousiasme de la part des passagers qui ont envie de revoler et aussi une crainte, forcément, puisque c’est impressionnant de voir tout le monde porter un masque, de devoir se désinfecter les mains régulièrement, de ne pas trop bouger, la promiscuité pourrait faire en sorte que certains se sentent plus stressés. Mais nous sommes là, pour leur faire un beau sourire, même derrière un masque, ils le verront, et on sera là pour les rassurer tout au long du vol et répondre à toutes leurs questions. Etre là, visuellement, physiquement, c’est ce que nous faisons aussi en temps normal quand nous remarquons un passager stressé à cause d’un vol ".

Pilotes " démasqués " dans le cockpit

Pour les pilotes, cette période sans le moindre vol a été marquée par de nombreuses heures dans le simulateur, histoire de maintenir leurs réflexes ou plutôt "prévenir l’érosion des connaissances" comme le dit un expert aéronautique.

Il a d’ailleurs fallu s’adapter par rapport aux réglementations internationales qui prévoient en principe trois atterrissages et décollages sur une période de 90 jours, ce qui concerne à la fois les pilotes et les instructeurs, et qui peut se faire en vol ou bien sur simulateur.

Adaptations nécessaires

A partir du moment où les avions retrouvent leur " espace naturel ", des entraînements " en ligne " sont aussi programmés, autrement dit des vols passagers pendant lesquels l’un des deux pilotes est un instructeur – à ne pas confondre avec l’examen en ligne, annuel – où l’instructeur s’ajoute à l’équipage.

Un programme particulier " Pilot relaunch " et une série de tests ont aussi été exécutés. Quant aux nouvelles procédures, et notamment celle qui impose le port du masque, les pilotes de Brussels Airlines s’y conformeront, évidemment, mais avec une particularité : "nos pilotes porteront un masque lorsque la porte du cockpit sera ouverte, ou bien lorsqu’ils quitteront le cockpit pour aller à la toilette par exemple" explique Peter De Schepper, safety manager et lui-même commandant de bord sur A320, "mais pendant le vol, ils l’enlèveront, parce que ce qui est le plus important à gérer est le risque d’une dépressurisation et dans ce cas, le masque chirurgical pourrait être gênant parce que dans le cas d’une dépressurisation, le pilote ne dispose que de quelques secondes pour mettre son masque à oxygène, qui couvre tout le visage, et à force d’entraînement, cela devient un réflexe de le prendre et de le mettre".

Remettre un avion en état de vol : vite dit, pas vite fait

Dans le hangar de maintenance de la compagnie, en bord de piste, le travail ne manque pas pour permettre aux avions de retrouver le chemin du ciel. Un avion n’est en effet pas conçu pour rester au sol, et tout au long de cette immobilisation forcée, il a fallu, en suivant les instructions du constructeur (Airbus), apporter un soin tout particulier en " emballant " littéralement certaines parties de l’avion, comme les moteurs bien sûr mais aussi les trains d’atterrissage.

L’objectif de ces emballages est de protéger l’avion des oiseaux et des insectes, mais aussi de l’humidité. Tous les 15 jours, il a aussi fallu faire tourner les pneus d’un quart de tour (en notant avec précision un repère à la craie), pour éviter que tout le poids de l’avion repose en permanence sur la même partie du pneu. Régulièrement, c’est-à-dire tous les 15 jours ou parfois un mois, il a aussi fallu enlever les emballages des moteurs afin de les faire tourner avant de remettre toutes les protections en place.

Nouveaux aspects de notre métier

" En fait ", explique Rémy Ducoron, technicien avion chez Brussels Airlines, "c’est un travail que nous n’avons pas l’habitude de faire parce que cela ne nous était jamais arrivé de nous retrouver avec autant d’avions immobilisés. Nous avons donc dû apprendre, et en réalité nous avons carrément découvert de nouveaux aspects de notre métier".

Avant de pouvoir voler à nouveau, chacun des avions programmés pour les prochaines semaines (7 à partir de ce lundi, soit 5 A319 qui comptent 150 sièges et 2 A320 qui comptent 180 sièges ; et 13 à partir du lundi 22 juin, à savoir 9 A319 et 4 A320) a dû faire l’objet de nombreuses vérifications. "Une fois que toutes les protections sont enlevées " poursuit Rémy Ducoron, "on doit faire des tests sur les systèmes de navigation, sur les " flight control ", c’est-à-dire les ailerons, les flaps, etc. ; il faut aussi tester les moteurs, l’air conditionné, sur l’oxygène, la qualité du fuel ou encore tous les équipements de sécurité qu’on trouve dans l’avion".

Au total, il faut compter de 150 à 250 heures de travail. Mais dans ces circonstances, c’est un travail qui a été réalisé avec un enthousiasme particulier, engendré par cette longue période d’inactivité que personne n’avait imaginée ni jamais vécue.

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