"Borg vs McEnroe" et "Battle of the sexes": deux films passionnants sur le tennis

Capture d'écran de la bande-annonce du film "Bork vs. Mac Enroe".
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Capture d'écran de la bande-annonce du film "Bork vs. Mac Enroe". - © Capture d'écran YouTube

Coïncidence des sorties, deux films à l’affiche cette semaine retracent chacun un évènement marquant de l’histoire du tennis. "Borg vs Mc Enroe" s’attache à la finale légendaire de Wimbledon en 1980, tandis que "Battle of sexes" reconstitue le duel entre la championne Billie Jean King et l’ancien champion Bobby Riggs en 1973.

Borg vs Mc Enroe

Au début de l’été 1980, la pression est maximale sur Björn Borg : le champion suédois, âgé de 24 ans, va tenter de décrocher un cinquième titre consécutif au tournoi de Wimbledon. Face à lui, un challenger américain de 21 ans, John Mc Enroe. C’est le choc des contraires : le premier, surnommé "IceBorg", est passé maître dans l’art de contrôler ses émotions et de rester flegmatique en toutes circonstances, le second traîne une réputation de "sale gosse", à cause d’un tempérament impulsif et volcanique sur le court…

En 2013, dans "Rush", Ron Howard avait dépeint la rivalité des pilotes de F1 Niki Lauda et James Hunt, et si le film était passionnant, c’était parce qu’il s’attachait aux profils psychologiques totalement différents des deux champions : Lauda méticuleux jusqu’à la maniaquerie, Hunt aventureux et sans limites.

On retrouve cette approche dans le film "Borg vs McEnroe" : ce qui intéresse prioritairement le réalisateur danois Janus Metz, ce sont les portraits de deux champions totalement antinomiques. Ceux qui se souviennent de la silhouette marmoréenne de Borg découvriront dans le film, grâce à des flashbacks, son enfance tourmentée – la face cachée de l’IceBorg, en quelque sorte. Cette plongée est d’autant plus saisissante que l’acteur Sverrir Gudnason apparaît presque comme un sosie du mythique champion. On n’en dira pas autant de Shia LaBeouf qui ne ressemble que de loin à John Mc Enroe… Mais heureusement, l’essentiel n’est pas là ; Janus Metz parvient à tenir les spectateurs en haleine en dessinant par petites touches les ambitions et les angoisses des deux hommes. C’est bien simple : même ceux qui se souviennent très bien du score et de l’issue de ce match historique seront accrochés par "Borg vs McEnroe" comme devant un film à suspense.

Battle of the Sexes

En 1972, Billie Jean King, championne de tennis N°1 mondiale part en guerre contre les diktats de sa fédération et réclame une égalité des salaires et des primes entre les hommes et les femmes. Pour ce faire, elle n’hésite pas à tourner le dos à l’establishment et à mettre sur pieds elle-même le premier tournoi de tennis 100% féminin. Ce combat féministe ne plaît évidemment pas à tout le monde, et suscite les sarcasmes de Bobby Riggs, ancien champion alors âgé de 55 ans. Macho autoproclamé, provocateur très doué pour les coups médiatiques et joueur invétéré, Riggs provoque en duel Billie Jean King pour un montant de 100.000 dollars. Celle-ci finit par accepter le défi, et le match, surnommé "Battle of the Sexes", se déroule le 20 septembre devant plus de 30.000 spectateurs réunis dans l’Astrodome de Houston, et sera suivi en direct par plus de 50 millions de téléspectateurs aux USA…

Comme dans "Borg vs Mc Enroe", le tennis n’est pas ici le premier sujet de "Battle of the Sexes" ; le cœur du film, c’est le combat de cette jeune femme de 29 ans contre les préjugés sexistes de son époque, et ses dilemmes personnels – car Bille Jean, mariée à l’époque, découvre ses penchants homosexuels qu’elle n’ose alors pas encore afficher en public. Les réalisateurs Jonathan Dayton et Valerie Faris ("Little Miss Sunshine") ont mis pas mal d’atouts dans leur manche pour réussir leur film : un scénario efficace de Simon Beaufoy ("The full monty", "Slumdog Millionaire") et un duo de stars : Emma Stone et Steve Carell. Après son Oscar décroché pour "La La Land", Emma Stone incarne pour la première fois de sa carrière une figure authentique (Billie Jean King a aujourd’hui 73 ans) et, comme d’habitude, elle se révèle convaincante. Quant à Steve Carell, il a prouvé depuis le magnifique "Foxcatcher" combien il était un acteur de composition de premier plan, et il campe ici un Bobby Riggs plein d’humour et de démesure… Ajoutons à cela une reconstitution des seventies tirée au cordeau : "Battle of the Sexes" est à la fois instructif et savoureux.

L’Atelier

Eté 2016. Olivia (Marina Foïs), romancière parisienne plutôt cotée, a accepté d’animer un atelier d’écriture avec des jeunes à La Ciotat. Elle découvre un groupe très hétérogène, où Malika, petite-fille d’ouvrier très attachée au militantisme d’extrême-gauche de sa famille, se heurte à Antoine, qui surfe en secret dans sa chambre sur des sites de leaders d’extrême-droite. Ballottée dans des discussions de plus en plus vives, Olivia tente vaille que vaille de faire avancer son atelier.

Laurent Cantet, lauréat de la Palme d’Or en 2008 avec "Entre les murs", aime filmer la jeunesse. Une nouvelle fois, il s’affirme comme un excellent directeur d’acteurs : Matthieu Lucci, qui incarne Antoine, est la révélation du film. Mais Cantet et son fidèle coscénariste Robin Campillo semblent un peu prisonniers de leur style réaliste. Car si le portrait des jeunes sonne juste, une fois les personnages mis en place, le cinéaste semble hésiter sur la direction à prendre, flirte vaguement avec l’ambiance du polar, et cherche péniblement la fin de son film. Plus "L’atelier" avance, plus l’intrigue se dilue et l’intérêt du spectateur faiblit…

Tout nous sépare

A Sète, Julia (Diane Kruger), belle jeune femme restée infirme après un accident de voiture, est éperdument amoureuse de Rodolphe (Nicolas Duvauchelle), voyou violent qui profite d’elle. Cette relation ne plaît guère à la mère de Julia, Louise (Catherine Deneuve), riche veuve d’un industriel allemand.  Rodolphe, qui doit 30.000 euros à des gangsters du coin, devient de plus en plus agressif et menace dangereusement mère et fille, bientôt suivi par son copain Ben (incarné par le rappeur Nekfeu)…

Thierry Klifa, comme Marc Esposito et Laurent Tirard, fait partie de ces journalistes du magazine "Studio" qui ont décidé de devenir réalisateur. Klifa a sans doute grandi avec les drames de Pierre Granier-Deferre et de Claude Sautet, et essaye de refaire ce genre de cinéma depuis 2002. Mais Klifa n’a pas le moindre soupçon de talent de cinéaste. Rien ne fonctionne dans "Tout nous sépare" : le scénario ne tient pas debout, et les actrices, Catherine Deneuve en tête, sont obligées de se débattre avec des dialogues plats et fabriqués. Quant à la mise en scène et la direction de photo, elle est digne d’un épisode de "Sous le soleil"… Tant qu’à faire, mieux vaut regarder "Sous le soleil".

La Mélodie

Simon (Kad Merad, qui s’est fait la tête de Sam Karmann, histoire de montrer qu’il joue un rôle "sérieux"), violoniste introverti et désabusé, débarque dans une classe de 6ème d’un collège réputé difficile. L’objectif ? Diriger un cours de violon pour, à la fin de l’année, voir ses élèves se produire à la Philharmonie de Paris. Simon est rebuté par le peu de motivation de ses élèves métissés, sauf lorsqu’il détecte un vrai don musical chez Arnold, un Africain timide et mal dans sa peau…

Vous devinez la suite ? C’est normal, certains films sont comme un trajet d’autoroute un dimanche matin : sans obstacle et totalement prévisible. Le schéma d’un nouveau prof arrivant dans une classe à problèmes est tellement usé depuis le classique "Blackboard Jungle" ("Graine de violence", 1955, avec Glenn Ford et Sidney Poitier) que lorsqu’un nouveau réalisateur l’utilise, il se doit de trouver de nouvelles idées pour casser le moule. Rien de tel chez Rachid Hami qui enfile les clichés sans complexe dans "La mélodie" jusqu’à plus soif.

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