Bois de la Cambre : "S'en fout la mort"

La boum dégénère au Bois de la Cambre. Chronique d’un premier avril annoncé avec 22 arrestations, des manifestants et 26 policiers blessés. Est-ce que ce rassemblement à une dimension politique ? Oui, mais ça ne fait pas des participants des activistes ou des militants. Car c’est l’apolitisme du rassemblement, le fait qu’il n’avait pas de caractère engagé qui est un signal politique.

Au départ, un premier avril, une page Facebook, plutôt marrante d’ailleurs pour annoncer un festival géant au Bois de la Cambre, 8 scènes plus de 100 DJ. Un pur canular, devenu tout d’un coup sérieux, lorsqu’ils se sont trouvés à plusieurs milliers, sans prudence. Le message était simple : "On veut vivre et danser". Un "s’en fout des flics", un "s’en fout la mort" assez compréhensible d’une partie de la jeunesse.

Le problème c’est qu’on passe très vite d’un "s’en fout la mort" à un "s’en fout les morts", un "s’en fout les 22.000 morts du Covid et ceux à venir". Et ce "s’en fout les morts" est lui politique, car dès qu’il y a rassemblement dans l’espace public en temps de Covid, il y a un message politique.

Réaction logique des autorités

Les autorités ne pouvaient pas ne rien faire. Toute la ligne des autorités part de la logique inverse à celle des "pogoteurs" du Bois de la Cambre. Puisqu’elles ne s’en foutent pas des morts, elles imposent des mesures de restrictions (fermeture de l’horeca, de la culture des écoles), des mesures qui suscitent de la souffrance, qui sont difficiles à assumer. Imaginez le cafetier qui hurle pour rouvrir sa terrasse, si les autorités laissent des milliers de personnes pogoter gaiement, ça sape toute crédibilité. Ne parlons même pas du moral des équipes soignantes dans les hôpitaux qui voient les soins intensifs se remplir.

Le rassemblement avait une haute valeur symbolique, la charge des policiers avait aussi une haute valeur symbolique. On se trouve face à des positions totalement irréconciliables.

Etat illégal

Ce canular qui tourne mal intervient à un moment où la justice elle-même remet en cause l’action de l’Etat. Pour être précis, un tribunal a pointé la légalité formelle des mesures covid, et pas les mesures covid elles-mêmes. Mais il reste malgré tout une résonance entre le canular du premier avril qui n’en est pas un et le canular de l’Etat jugé illégal, qui n’en est pas un non plus.

L’illégalité des mesures dissout l’autorité de l’Etat et de ses restrictions sanitaires. Pourquoi est-ce que je n’irais pas pogoter gaiement alors que de toute façon l’Etat est illégal ? En effet, c’est un problème. Et d’ici à ce que l’Etat se mette en ordre avec la Constitution, ce problème va se poser. Ceci dit, il n’est pas certain du tout que la constitutionnalité des règles soit le déterminant de l’obéissance ou de la désobéissance de citoyens. Et c’est encore moins certain que ça ait changé quoi que ce soit au "s’en fout les règles, s’en fout la mort" d’hier.

La motivation à suivre les règles provient sans doute plus de déterminants sanitaires (éviter des hôpitaux saturés), civiques (participer à l’effort collectif) et surtout éthiques (tenir compte de la santé des autres, plus fragiles). Ces trois déterminants qui ont fait "boum" hier.

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