"Blatter est un des hommes les plus intelligents du monde"

"Il y a Dieu, et Blatter"
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"Il y a Dieu, et Blatter" - © Pierre Kroll

Corruption, paris truqués, blanchiment, racket. Le football et ses turpitudes étaient au menu de Mise au Point, dimanche midi. Le président de la FIFA y en a pris pour son grade. Politiques et experts sont unanimes: la FIFA est pourrie. Ils ne sont en revanche pas tout à fait d'accord sur les solutions à proposer.

Sur le plateau de Mise au Point ce dimanche, tout le monde était d'accord avec Alain Courtois. Député bruxellois (MR) et longtemps secrétaire de l'Union belge de football, il apprécie, en un sens, la personnalité de Sepp Blatter. "C'est un des hommes les plus intelligents du monde", dit-il.

"Il n'a jamais été condamné, et il tient tout le monde. Il connait comme personne la toile d'araignée de la FIFA", explique encore Alain Courtois qui trouve "dégoûtant et déplacé" le fait que la FIFA, donc Sepp Blatter, ait maintenu l'organisation de l'élection de son président, Sepp Blatter encore, alors que le scandale judiciaire et médiatique tourmentait l'association, la semaine dernière. Mais "être intelligent, ça ne veut pas dire être moral", s'empresse de préciser Jean-Marie Philips, ancien directeur général de l'Union belge.

"Les dirigeants de la FIFA se sont remplis les poches et ont du sang sur les mains"

Car l'intelligence personnelle, ici, est mise au service d'un système décrit comme "biaisé", voire "pourri", par les invités. "Les dirigeants de la FIFA se sont remplis les poches et ont du sang sur les mains", explique ainsi l'eurodéputé socialiste Marc Tarabella.

"Il faut distinguer criminalité et éthique", avance plus civilement Michel Claise, magistrat spécialisé dans la criminalité financière. "Un manque d'éthique n'est pas nécessairement criminel", précise-t-il sur les enquêtes en cours, et la possibilité de voir le président de la FIFA directement impliqué.

Mais si tout le monde, ou à peu près, était d'accord sur la définition de la maladie qui frappe le football mondial, les avis divergent un peu sur les remèdes possibles.

Jean-Michel De Waele, politologue à l'ULB, propose une limitation des mandats, aussi bien de secrétaire général que de président, à deux fois quatre ans. Alain Courtois mise, lui, sur un président dont la fonction serait surtout protocolaire, et sur une FIFA dont la vraie cheville ouvrière serait le secrétaire général. Il prône une UEFA plus offensive dans ses revendications de transparence.

Plus radical encore mais sur le même thème, Marc Tarabella promeut une dissidence à échelle internationale. "A la FIFA, l’Europe pèse 53 voix sur 209. L’UEFA doit prendre l’initiative de dire son ras-le-bol et créer autre chose de l’intérieur. Créer une association internationale du football à partir de pays dont on est certain qu’ils soient sains, et fédérer les autres pays..."

Et si la Belgique boycottait la Coupe du monde ?

C'est que le remède, quel qu'il soit, sera difficile à administrer. Surtout si le malade est le médecin, et vice-versa.

"Il faut des changements statutaires qui demandent 75% des voix. Les statuts de la FIFA ont été conçus par Blatter et son prédécesseur dès le départ pour rendre impossible à un chevalier blanc de se faire élire : personne ne peut se faire désigner par un collège électoral en grande partie corrompu en promettant la transparence…", déplore Daniel Beauvois, ex-patron d'ISL, une société de gestion des droits du football mise en faillite après un gros scandale de corruption, qui se montre pessimiste.

"Il n’y a rien à faire d’autre que la pression des sponsors, ou le boycott des supporters. Mais ça, c'est complètement irréaliste. Les gens vont chez Primark alors qu’ils savent dans quelles conditions sont réalisées le t-shirt à deux euros qu’ils achètent...", ajoute-t-il.

Le professeur Jean-Michel De Waele, lui, réclame "quelques minutes de courage politique" de la Fédération belge. "Elle pourrait très bien refuser d'aller au Qatar !". Ce n'est pas gagné.

RTBF

 

Pour ce débat de Mise au Point, Baudouin Remy recevait :

Alain Courtois – échevin (MR) de la Ville de Bruxelles - ex-secrétaire général de l’Union Belge de football et comité Coupe du Monde 2018

Jean-Michel De Waele – professeur et vice-recteur ULB

Michel Claise – juge d’instruction

Daniel Beauvois – ex-patron d'ISL

Jean-Marie Philips – ancien directeur général de l'URBSFA

Marc Tarabella – eurodéputé (PS)

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