"Blackkklansman" et "En guerre", deux films politiques en compétition à Cannes

Blackkklansman

En 1989, Spike Lee a failli casser la gueule au président du jury Wim Wenders qui avait ignoré son "Do the right thing", pourtant donné favori pour la Palme d’or (je m’en souviens comme si c’était hier). Presque trente ans plus tard, le cinéaste afro-américain revient dans la compétition cannoise avec "Blackkklansman". Le film s’inspire d’une histoire vraie: au début des années 70, Ron Stallworth, policier noir du Colorado, parvient grâce à un subterfuge à infiltrer… Le Ku Klux Klan, rien de moins !

Fort de ce point de départ inattendu, Spike Lee élabore un film qui hésite un peu entre le thriller politique et la comédie satirique. Cette hésitation fait que son film flotte un peu. Mais on sent que ce qui passionne avant tout le cinéaste militant, c’est de montrer le parallélisme troublant entre les discours du KKK et les slogans de campagne d’un certain Donald Trump. En guise d’épilogue, Lee n’hésite d’ailleurs pas à raccrocher son film "seventies" avec une actualité récente restée dans toutes les mémoires : le crime raciste provoqué lors des émeutes à Charlottesville l’été dernier.

En guerre

Il y a deux ans, Stéphane Brizé offrait à Vincent Lindon un rôle de vigile de grande surface dans "La loi du marché", rôle qui lui permit de décrocher le Prix d’interprétation à Cannes et le César. Aujourd’hui les deux hommes refont équipe pour un autre drame social, "En guerre".

Lindon incarne un leader syndical qui, lorsque les patrons de son usine annoncent brutalement la fermeture du site – malgré les sacrifices consentis depuis deux ans par les 1100 salariés – , décide de mener la lutte pour ses camarades et de tenter de rencontrer le PDG allemand du groupe, même si pour ce faire il faut remuer ciel et terre…

Brizé a mis un point un dispositif de mise en scène hyperréaliste, mêlant quelques rares comédiens professionnels avec des vrais employés pour enchaîner les scènes de négociations, les manifestations, les bisbrouilles au sein du syndicat. C’est criant de vérité, mais c’est aussi un dispositif qui a ses limites. Brizé s’interdit l’irruption du romanesque et de la fiction ; "En guerre" ressemble à une sorte de chemin de croix inéluctable pour son personnage principal. Tout sonne juste, mais tout est sans surprise.

Duplex d'Hugues Dayez depuis Cannes, dans le JT 13h de ce mercredi:

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