Belgique: y a-t-il encore un pilote dans l'avion ?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le 21 décembre 2018, le Roi acceptait la démission du gouvernement Michel. La Belgique passait alors en pilotage automatique. Cela dure toujours. Les élections devaient débloquer la situation ; elles n’ont fait que l’empirer, faisant subir à un gouvernement sortant sa pire défaite depuis la guerre et s’effondrer les familles politiques traditionnelles à un niveau historiquement bas.

Les gouvernements régionaux/communautaires devaient pallier la carence fédérale. Ils restent figés.

Un fédéral absent

La Première ministre par défaut assure un service minimum : rares passages à la Chambre, voyages çà et là et des initiatives plus que réduites. Par choix politique sans doute, Sophie Wilmès a choisi de se faire discrète, bien plus qu’un Yves Leterme ou un Guy Verhofstadt dans une situation similaire. Il est vrai qu’elle a la tête d’un gouvernement minoritaire et qu’elle-même n’a jamais reçu en tant que telle la confiance des députés. Une Première avant tout protocolaire.

Les cabinets fédéraux ont été désertés. Beaucoup de ses membres sont partis vers d’autres horizons, notamment dans les entités fédérées. Très peu d’initiatives et plane l’ombre de l’ancienne coalition avec la N-VA, comme quand le gouvernement fédéral choisit de séparer des enfants en bas âge de leur mère belge, parties rejoindre l’Etat Islamique.

A la Chambre, cela tourne parfois à la foire aux majorités de circonstances ; on l’a vu sur le fonds "blouse blanche , cela risque de l’être sur d’autres dossiers : IVG, euthanasie, TVA sur l’électricité, pensions, etc.

En affaires courantes, le gouvernement Leterme avait pu déposer un nouveau budget. Le gouvernement Wilmès n’essaiera même pas de trouver une majorité. Les 12èmes provisoires vont être prolongés pour à nouveau trois mois. La Belgique en sera à 18 mois de budget transitoire. Un record.

Le Palais en solo

Albert II s’en remettait essentiellement aux présidents de parti qui coordonnaient la manœuvre en coulisses. Son fils a décidé d’être acteur de cette période post-électorale qui dure. Le choix de Koen Geens apparaît ainsi comme le choix du Palais, bien plus que celui des partis qui négocient. Même le CD&V a été pris de court.

Le volontarisme du chef de l’État est patent mais il s’expose en cas d’échec de la mission de Koen Geens. Cela risque d’apparaître comme celui du Roi et de son entourage. Qu’y a-t-il après Koen Geens ? Que pourra encore faire le Palais ?

Des entités tétanisées

Cette crise au fédéral, cette inaction devrait être contrebalancée par l’activité des gouvernements régionaux et communautaires.

En Flandre, le flirt estival entre la N-VA et le Vlaams Belang a laissé des traces dans le programme identitaire du gouvernement Jambon. Le ministre-président s’est empêtré dans les fake news sur la migration, s’est vu siffler pour ses économies dans la Culture ; les négociations fédérales créent des tensions entre les partenaires. Chacun s’épie.

Côté francophone, les budgets présentés en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles n’ont été que de simples ajustements. Les finances sont dans le rouge vif et six mois après l’installation, les initiatives peinent à naître. L’exercice budgétaire printanier risque de déboucher sur de larges économies à de nombreux niveaux. Au sud, PS, MR et ECOLO marchent sur des œufs.

Tout cela offre l’image d’un pays errant. Il n’y a plus de boussole. L’avenir est totalement incertain. Qui gouverne encore ?

Les agences de notation risquent bien de le remarquer un jour.

 

@PhWalkowiak

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK