Belgique, stade terminal

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La victoire a cent pères mais la défaite est orpheline. (J.F. Kennedy)

Ils sont nombreux aujourd’hui ceux qui fustigent la manière dont le dossier du stade national a été mené… mais finalement ne sont-ce pas les mêmes qui se seraient bousculés pour être sur la photo le jour de l’inauguration, si elle avait eu lieu, tout en soutenant que finalement tout cela, c’est un peu grâce à eux??!

L’indécence des uns n’a finalement d’équivalent que dans l’inconséquence des autres.

Le fédéral au balcon

Le gouvernement bruxellois est parti seul, bille en tête, en 2013. A la ville de Bruxelles, le tandem Mayeur-Courtois embraie et le gouvernement fédéral de l’époque (Di Rupo-Reynders) lui apporte un soutien poli. Le projet est censé être financé totalement par le privé, il ne doit rien coûter aux contribuables entend-on à l’époque. Le 11 septembre 2013, les gouvernements fédéral, flamand et bruxellois souscrivent au dépôt d'une lettre d'intention par l'Union belge auprès des instances sportives européennes, ouvrant la voie à une candidature de la Belgique à la co-organisation de l'Euro 2020 et à la construction d’un nouveau stade sur le parking C du Heysel. Autrement dit, PS, MR, cdH, Open VLD, N-VA, etc. portent l’initiative.

Pourtant, l’affaire est mal emmanchée (stade "national" sur le sol flamand construit par des Bruxellois) mais les initiateurs, tous partis confondus, se veulent rassurants.

Au gré de la complexification du dossier, des changements de majorité et de la mauvaise volonté de la Flandre N-VA, le gouvernement fédéral a préféré regarder ailleurs, oubliant l’engagement initial.

Se racheter une conduite

Didier Reynders oublie à présent qu’il faisait partie du gouvernement fédéral qui a soutenu le projet pour ne charger que le seul exécutif bruxellois, Charles Michel semble découvrir qu’Alain Courtois est membre du MR et Alexander De Croo aurait souhaité que le dossier soit géré au niveau fédéral, un niveau fédéral où son parti est présent depuis 18 ans et sur un projet où un ministre de son parti (Guy Van Hengel) a été une des chevilles ouvrières!!

Le PS bruxellois semble lui, surpris, de sa propre naïveté.

L’alliance avec la N-VA ne peut tout expliquer et ce dossier de stade en rappelle d’autres. La construction du RER ou le survol de Bruxelles présentent les mêmes symptômes: une Flandre qui dispose d’une vision claire de ses objectifs, une classe politique francophone pusillanime, des intérêts particuliers ou des concessions francophones supposées au nom de l’unité du pays.

On le sait, souvent, ce que les Francophones obtiennent n’est pas mis en œuvre: comme la ratification par la Flandre de la convention-cadre sur la protection des minorités censée intervenir après la 5ème réforme de l’Etat ou la mise en place d’une Communauté Métropolitaine autour de Bruxelles, après la scission de BHV.

Le résultat est connu: à la fin, c’est la Flandre qui gagne… les nuisances sonores pour les Bruxellois, les retombées économiques pour la Flandre, un RER qui roule au nord, en carafe au sud, et désormais un stade qui restera assez sûrement dans les cartons.

Ces dossiers en disent long sur l’état de la Belgique en 2017…

 

@PhWalkowiak

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