Belgique: pays cherche État

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Dans la Belgique de 2016, post-multiples réformes institutionnelles, que représente encore la notion d’ "État" ? Dans ce pays éclaté, qui ou quoi représente encore l’État ? Le chef de cet Etat est constitutionnellement sans pouvoir propre et aucune hiérarchie n’existe entre les niveaux de pouvoir au point même que la notion-même de niveau devient inopportune.

Responsabilité

Il n’aura pas fallu très longtemps pour que les attentats de Bruxelles mettent à nouveau en exergue le délitement de l’État, ou ce qui en tient lieu dans ce pays.

Légitimement, s’est posée la question de savoir si des services avaient failli et donc indirectement facilités les explosions de Zaventem et de Maelbeek.

La fragile "unité nationale" (pour peu que cette expression ait encore un sens dans ce pays) a rapidement volé en éclats quand le président du premier parti et clé de voûte des majorités flamande et fédérale a, à la fois, pointé du doigt la complaisance de la communauté musulmane belge, les juges francophones, le rôle du PS ou du cdH et la politique communale à Molenbeek.

Bart De Wever aura été de suite à l’offensive, entonnant son discours national-populiste du "eux contre nous" : Molenbeek contre Anvers (d’où pourtant sont partis le plus grand nombre de djihadistes belges pour la Syrie), les laxistes francophones contre les rigoureux flamands, etc… en confiant la mission à son ministre de l’Intérieur de "nettoyer tout cela".

L’occasion était trop belle pour PS et cdH de se dédouaner de toute responsabilité, comme si tous les problèmes n’avaient commencé qu’en 2014 ou inversement au MR de ne se considérer au pouvoir que depuis 2014.

Tous avides de responsabilités, mais personne pour les prendre…

Dilution

Pour la N-VA, l’occasion est trop belle de pointer les dysfonctionnements, justifiant a posteriori tous les reproches des nationalistes à l’égard de l’Etat belge. La N-VA est également embarrassée : Jan Jambon n’a trouvé qu’un lampiste pour se dédouaner et le parti nationaliste se refuse à condamner les extrémistes qui ont déboulé place de la Bourse. Toujours cette volonté échapper au consensus général.

Sur les 15 dernières années, le ministère de l’Intérieur avant Jan Jambon, aura été exclusivement libéral, hormis deux années sous la houlette de Joëlle Milquet (cdH) et la Justice aura vu alterner libéraux et chrétiens-démocrates flamands avec quatre ans de présence (2003-07) de Laurette Onkelinx (PS). Les responsabilités sont plus que partagées, sachant par ailleurs qu’un ministre ne fait que mettre en œuvre un accord d’une coalition hétéroclite.

De plus, tous ces gouvernements n’ont eu de cesse de réduire les budgets tant de la Justice que de la Police. Que dire aussi de l'énergie perdue depuis 2007 dans les querelles linguistiques, bien loin du "vivre ensemble" ou du bien-être général de la société belge.

Dans un tel contexte, il est facile à chacun de rejeter la responsabilité sur l’autre, ce que facilite la dilution des compétences entre les différents pouvoirs, entre les différentes coalitions.

Il n’y pas d’ État belge au sens où un pouvoir a autorité sur l’ensemble ne fut-ce que d’une matière ; ainsi, même en matière de police, ministre de l’Intérieur et bourgmestre de Bruxelles se rejettent régulièrement la responsabilité.

L’État belge n’existerait pas donc en tant que tel et ne serait finalement que la juxtaposition de petits "états", de centres de pouvoir disjoints. Tous ou presque ont exercé ou exercent des responsabilités, et en fin de compte, personne n’est responsable.

 

@PhWalkowiak

 

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