Belgique ou l'impossible élection

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le vent nouveau qui souffle sur la classe politique française amène chez nous à réfléchir sur le fonctionnement de notre système démocratique.

L’excellente émission A votre avis revenait sur la manière d’organiser les élections en Belgique. Si le système actuel comporte des carences, il apparaît aussi qu’il sera difficile de s’entendre sur un autre mode de fonctionnement.

Vice de construction

La démocratie belge née en 1831 s’est érigée sur des partis politiques et un système électoral. Assez rapidement, cette démocratie a opté pour un système proportionnel quelque peu aménagé (clé D’Hondt ou Imperiali ) afin de permettre de constituer plus aisément des majorités.

L’arrivée de nouveaux partis (POB, PC, et même Rex ou VNV) n’a guère modifié cette perspective. Le système perdure mais il est aujourd’hui quasiment impossible à remettre en cause au niveau fédéral parce qu’il repose implicitement sur la notion de partis "nationaux". Or depuis près de 50 ans, la Belgique est devenu le seul pays au monde où il n’y a plus de partis qui couvrent l’ensemble du territoire (sauf dans une certaine mesure le PTB/PvdA).

Avec des sensibilités politiques qui s’éloignent en outre entre nord et sud du pays, un système majoritaire est devenu impraticable.

Démocratie déficiente

La Belgique est bien devenue l’addition de deux démocraties, l’une à droite, l’autre plus à gauche. Symptôme révélateur : les deux derniers gouvernements fédéraux n’étaient pas majoritaires dans une partie du pays, très légèrement en Flandre pour le gouvernement Di Rupo, massivement en Wallonie et à Bruxelles pour le gouvernement Michel. Dans un fédéralisme à deux (grandes) communautés, cela peut se révéler mortifère. Les dernières déclarations de Bart De Wever vont d’ailleurs bien dans ce sens.

Toutefois, si le système paraît bel et bien bloqué au niveau fédéral, rien n’empêche qu’au niveau communal ou régional, on cherche d’autres voies. Volontiers pionnière, la Wallonie vient d’abolir le vote en "case de tête" aux communales après avoir instauré l’élection directe des bourgmestres ce que Flandre et Bruxelles renâclent toujours à envisager pour plus ou moins de mauvaises raisons (le vote francophone en périphérie ou à Fourons pour les uns, le vote immigré pour les autres).

Chacun y va désormais de sa petite idée entre tirage au sort et participation citoyenne. A noter qu’en Flandre, ce débat n’existe presque pas, comme d’ailleurs celui du cumul des mandats.

Mais toute démocratie a besoin de clarté. Un système électoral doit être simple, le vainqueur du scrutin doit accéder au pouvoir. Les jeux d’appareils du système belge ont fait perdre de vue cette évidence, qu’il est par ailleurs bien difficile à atteindre.

 

@PhWalkowiak

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