Belgique, le pays ingouvernable

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Même si elle a nettement perdu, elle a sans doute gagné : la N-VA n’a jamais été aussi incontournable… et c’est au Vlaams Belang, dont elle avait siphonné les voix en 2014, qu’elle le doit. L’extrême-droite a certes récupéré une partie de ses électeurs mais a aussi attiré des électeurs du CD&V et de l’Open VLD.

Désormais, à la Chambre, sur les 87 élus flamands, 43 appartiennent à une formation nationaliste qui prône la fin de la Belgique.


►►► Toutes les dernières informations et analyses sur les élections 2019


Quelle coalition ?

Une chose est acquise : Charles Michel a raté son pari. Sa majorité, même hypothétiquement élargie au cdH, n’existe plus. La Belgique va donc changer de coalition fédérale. En outre, les libéraux ne constituent plus la première famille politique du Royaume.

Désormais, les socialistes détiennent cette position. Mais la N-VA a clairement laissé entendre qu’elle ne voulait pas entrer dans une coalition fédérale avec le PS. Or, même en associant CD&V, Open VLD, sp.A et Groen, un gouvernement fédéral ne disposerait pas d’une majorité en Flandre (41 sièges sur 87). Qui plus est, cette aile flamande se ferait « canarder » par la N-VA et le Vlaams Belang pendant cinq ans. D’autre part, la N-VA étant incontournable en Flandre, certaines formations seraient l’allié des nationalistes d’un côté et pas de l’autre. Intenable.

Comme le disent tous les politiques depuis ce dimanche soir, « il faudra se montrer imaginatif… », une manière polie de dire qu’ils sont dans le pétrin et ne savent pas comment en sortir.

Pays coupé

Une Flandre très à droite, Wallonie et Bruxelles encore plus à gauche.

Si la gauche est en tête au sud, ce n’est pas au PS qu’elle le doit. Depuis l’instauration du suffrage universel, les socialistes n’ont jamais été aussi bas. La gauche « non-socialiste » (PTB + Ecolo) dépasse même le PS qui n’a finalement que la première place pour se rassurer. Cela lui permet de garder la main et de composer des majorités à sa guise à Bruxelles et en Wallonie.

Le PS testera l’impossible « coalition FGTB » avec Ecolo et le PTB avant de constater que c’est décidément impossible avec les (ex- ?) maoïstes et embarquer le cdH, sachant toutefois qu’une coalition wallonne MR-Ecolo-cdH reste arithmétiquement possible.

A Bruxelles, ce sont les libéraux qui tombent à un minimum jamais atteint depuis 40 ans.

En Flandre, la N-VA joue donc sur du velours. Elle peut constituer un gouvernement flamand à sa guise et peser ensuite sur la formation (impossible ?) du gouvernement fédéral, répétant à l’envi que celui-ci ne peut être minoritaire en Flandre. De quoi bloquer le pays. Pour ensuite mettre le confédéralisme sur la table ? La cogestion du fédéral par les Communautés ?

 

@PhWalkowiak

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK