Belgique, la fin d'un modèle

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La Belgique fédérale s’est construite sur la concertation et une certaine forme de bonne volonté. Cela a fonctionné tant qu’il y avait trois voire quatre grandes familles politiques, ayant maintenu qui plus est, des relations au-delà de la frontière linguistique. Ensuite, cela s’est progressivement délité, Francophones et Flamands ont commencé à voter différemment.

Les clés des coalitions

Et puis le Vlaams Blok/Belang et la N-VA sont arrivés. A chaque scrutin, la Flandre se choisissait un autre vainqueur : VLD (1999), SP.A (2003), Vlaams Blok (2004), CD&V (2007) et ensuite la N-VA de Bart De Wever, " renforcée " cette fois par le retour du Vlaams Belang, soit 43 des 87 députés fédéraux élus en Flandre. Si les enquêtes démontrent que l’indépendance de la Flandre n’attire guère les citoyens flamands, il n’en reste pas moins que désormais les séparatistes ont les clés des prochaines coalitions.

Le modèle fédéral belge n’a pas été conçu dans un ensemble. Les partis politiques ont juste répondu à chaque fois aux problèmes de l’heure plutôt que de réfléchir à long terme.

Gagner du temps

L’horizon a toujours été celui d’une législature ou des problèmes immédiats, pas celui de l’intérêt général. Ainsi, Yves Leterme s’est pris les pieds dans une impossible orange-bleue avec une réforme de l’état sans majorité des 2/3. Ensuite, ils se sont mis à huit partis autour d’Elio Di Rupo pour accoucher d’une réforme de l’Etat (et de la scission de BHV) censée tout résoudre et faire reculer la N-VA. C’est l’inverse qui s’est produit. Charles Michel a brisé un tabou, en prenant la tête d’un gouvernement ultra-minoritaire côté francophone, mouillant la N-VA au pouvoir fédéral. Il a radicalisé à gauche une partie de la Wallonie, légitimé le discours anti-migration de la droite nationaliste flamande et finalement placé encore plus la N-VA au centre du jeu. Au point que le confédéralisme n’a jamais autant été à l’ordre du jour.

Les optimistes diront qu’ainsi les Francophones ont gagné 12 ans ; mais ceux-ci n’ont rien fait pour avancer sur un " plan B ".

Confédéralisme

Le gouvernement Michel ne disposait pas d’une légitimité au sud du pays ; il serait à présent " légitime " que le prochain gouvernement fédéral dispose d’une majorité dans les deux principales communautés linguistiques. Le contexte actuel l’impose.

Chacun y va de ses exclusives : sans la N-VA pour les uns, sans le PS ou ECOLO pour les autres. On verra dans les prochaines semaines si celles-ci se maintiennent. En 2014, le MR a renié ses engagements, peut-être cette fois, PS et N-VA se remettront autour d’une même table (?). Mais la volonté d’arriver à une solution globale pour toute la Belgique semble ne plus y être. Le modèle belge existe-t-il encore ? Est-il en état de mort clinique ? Réponse dans les prochains mois… mais puissent également les Francophones se préparer à toutes les alternatives, après 20 ans la tête dans le sable.

Sans solution acceptable au nord et au sud, il faudra aller voter avec l’avenir du pays comme seul enjeu de la campagne.

 

@PhWalkowiak

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