Belgique, la crise sans fin

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le Palais avait surpris en lançant l’expédition Coens-Bouchez. Mais Bart De Wever après avoir réclamé une mission pour lui-même, s’était rendu "indésignable" en multipliant les déclarations insultantes tant à l’égard des francophones que de l’Open VLD. Place donc aux deux seuls partis qui entretiennent la flamme d’un gouvernement avec la N-VA : CD &V et MR.

Paralysie

Les deux présidents néophytes se chargent donc de vérifier une énième fois la possibilité d’une coalition où se retrouveraient PS et N-VA. La réponse est pourtant connue. Depuis longtemps. Avant même le dernier scrutin. Pour déplaisante qu’elle soit, la réalité est celle-là. Rudy Demotte (PS), l’a ainsi confirmé en dévoilant la conclusion de la mission de "coformation" qu’il a menée avec Geert Bourgeois (N-VA) : "les divergences de fond entre le PS et la N-VA sont telles qu’elles ne permettent pas d’engager une phase suivante bâtie autour de ces deux partis". Les évènements des derniers jours confirment cet état de fait : PS et N-VA ne veulent pas l’un de l’autre. Rien ne les y oblige, ils respectent même les engagements qu’ils ont toujours pris. C’est écrit depuis le début. Le système belge est ainsi fait : il repose sur le consensus, la coalition mais rien n’est prévu si cela ne fonctionne pas !

Les deux derniers informateurs devront faire cet amer constat. La Belgique s’est arrêtée le 26 mai 2019.

Crise de régime

Depuis 2007 et l’arrivée de la N-VA dans le paysage politique, le pays ne vit que d’expédients : alliances improbables, réformes de l’état brumeuses, fonctionnement erratique, tensions à répétition. Chaque fois, il a été possible de trouver un "truc" pour relancer le "brol". Cette fois, cela paraît bel et bien coincé. La crise de régime qu’on n’a jamais voulu voir ou admettre prend désormais toute sa place. Les succès du Vlaams Belang et du PTB réduisent le champ des possibles. Un retour précipité aux urnes bénéficierait essentiellement à l’extrême-droite, épargnerait les néo-communistes et punirait les vieilles familles traditionnelles.

A ce stade, personne n’ose le dire, mais personne ne sait où va ce Pays. Les rares solutions avancées sont branlantes. Qui ose encore imaginer une coalition PS-N-VA ? Y a-t-elle une seule valeur commune entre ces deux formations ? Qui prendra le risque de monter un gouvernement fédéral minoritaire dans la principale et plus riche partie du pays où le nationalisme local ne s’est jamais aussi bien porté ?

La Belgique est-elle au bout de sa logique de fonctionnement ? Promise à la crise éternelle…

 

@PhWalkowiak

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