Belgique, l'Etat-peau de chagrin

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Dans l’histoire politique contemporaine de la Belgique, il ne doit pas y avoir beaucoup de gouvernements qui soit arrivés à liguer contre eux les syndicalistes, les cheminots, les pompiers, les militaires, les policiers, les gardiens de prisons, les avocats et les magistrats, du juge de paix au premier président de la Cour de Cassation ! Le tout saupoudré de méfiance internationale… pour ne pas dire pire.

Corporatisme

Il est difficile cette fois pour le gouvernement de n’y voir qu’une "action politique" ne visant qu’à le déstabiliser, la main de la FGTB et du PS ne peut être partout et la ficelle a déjà beaucoup servi.

Finalement, sur le fond, et en des termes plus urbains et châtiés, le discours du premier président de la Cour de Cassation Jean De Codt n’est guère différent de ceux de Marc Goblet (FGTB), Rudy De Leeuw (ABVV), Marie-Hélène Ska (CSC) ou Marc Leemans (ACV): les services publics sont en péril et le gouvernement Michel ne fait qu’aggraver une situation déjà critique. Ce dernier point explique la relative discrétion de l’opposition qui a aussi contribué, peu ou prou selon les partis, à étrangler financièrement certains services de l’État, au nom de l’orthodoxie budgétaire.

La Justice manque de moyens et de personnel, comme les services pénitentiaires, comme la police ou l’armée… mais chacun réclame dans son coin. Le gouvernement fédéral aura beau jeu de pointer le corporatisme des uns et des autres, voire d’une Justice qui veut dicter sa loi aux représentants de la Nation.

Il est toutefois piquant de noter que c’est précisément un gouvernement qui entendait replacer au centre des préoccupations politiques les services liés à l’ordre qui se retrouve de manière virulente éreinté par ceux-ci. Il est vrai qu’il y a souvent loin entre les intentions et les réalités budgétaires.

Faire plus avec moins que presque plus rien, ne sera jamais qu’un slogan qui ne peut servir de cache-misère à une réalité politique.

Délitement

Le pays craque et son Premier ministre préfère se taire ou s’illusionne en n’y voyant que des actions corporatistes ou politiques. Il lui est aussi demandé d’ajouter de nouvelles économies à celles de ses prédécesseurs qui préfèrent quant à eux regarder ailleurs.

Ce qui reste d’institutions fédérales se désagrège progressivement, et cela se voit de plus en plus. Le rail, le contrôle aérien, la Justice, la Police, la Justice, la Sécurité, le fisc, etc… n’en peuvent plus de crier leur misère.

La principale composante de la majorité fédérale souhaite on le sait l’ "évaporation" de l’État belge, celle-ci n’étant jamais que la version gazeuse de la désagrégation. Celle-ci semble en marche.

L’État belge a été réduit à peau de chagrin. Et quand la N-VA aura eu la peau de cet état, il ne restera que le chagrin des Belges…

 

@PhWalkowiak

 

 

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