Belgique, Flandre, l'illusion d'une Nation

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

L’information s’est faite très discrète : la Commission des Finances de la Chambre vient de voter la loi qui étend aux derniers mois de 2019, les douzièmes provisoires. En clair, la Belgique s’apprête à passer un an sur la base d’un budget 2018, confectionné à l’automne 2017. Un record dans le genre.

Même lors de la longue crise des 541 jours d’affaires courantes, le gouvernement Leterme avait pu établir et faire voter le budget 2011. Ici, c’est le vide. Or le budget de l’État c’est l’instrument premier de l’action d’un pays, d’une Nation.

Budget

La Flandre vient de s’engager dans un délicat débat budgétaire. La mort dans l’âme, le gouvernement Jambon a dû reconnaître que de sérieuses économies étaient programmées. La Wallonie présentera sous peu son épure 2020.

Le budget, qu’il soit à l’échelle d’une commune, d’une province, d’une région, d’une communauté ou d’un pays reflète les choix politiques et les ambitions de ceux qui le/la gouvernent.

Rien à ce niveau pour la Belgique, et très vraisemblablement pour un certain temps encore.

En Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles, on attend encore les réalités financières qui se dissimulaient sous les déclarations de politique régionale/communautaire des nouvelles coalitions.

Les atours d’une Nation

La Flandre a déjà fait connaître ses ambitions. Elle s’en prend frontalement au niveau fédéral. La Flandre va quitter UNIA, veut une Sûreté de l’Etat… flamande, dénonce l’accord fédéral sur les quotas de médecin, abandonne l’écharpe tricolore des bourgmestres et installe une ministre régionale de la Justice, fonction régalienne s’il en est. Dans la même veine, la VRT est priée de renforcer l’identité flamande et le nouveau gouvernement se fait fort de définir les " canons flamands " censés lister tous les points d’ancrage de l’histoire et de la culture flamande à apprendre notamment par les élèves et les primo-arrivants.

Avec la complicité tacite de ses partenaires, la N-VA avance ses pions, même si cela reste symbolique. On ignore ainsi de quoi s’occupera Zuhal Demir, première " Garde des Sceaux flamands " mais qui a fait savoir qu’elle se sentait d’abord ministre de la Justice (aux côtés de ses autres attributions : environnement et… tourisme) et espérait connaître le jour où la Flandre disposerait de son propre système judiciaire complet.

Dans la même logique, la N-VA privilégie la discussion avec le PS sur le fédéral, préfiguration du modèle dont elle rêve : une Belgique coquille vide cogérée par les deux principales communautés. Curieusement, beaucoup poussent le PS à entrer dans ce modèle.

La Belgique n’a plus de véritable budget, la Flandre tente d’affirmer, parfois puérilement, son identité. La première n’est plus tout à fait une Nation (pour peu qu’elle ne l’ait jamais été) et la seconde pas encore tout à fait. Chacune se berce de son illusion.

@PhWalkowiak

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