Belgique et coronavirus : inventaire avant fermeture

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Des déclarations convenues à la Chambre, un vote de confiance sans surprise dans la foulée. Des pouvoirs spéciaux à (presque) tous les étages gouvernementaux. La Belgique politique passe en mode " gestion de crise ".

Une Première de crise

Pour six mois, le véritable gouvernement de Ce Pays devient le Conseil National de Sécurité, où se retrouvent toutes les éminences politiques du Royaume mais aussi les responsables de la Santé et de la Sécurité. La gestion sera collective, avec une priorité à la parole des experts, avec pour porte-parole, la Première Ministre, Sophie Wilmès. Devenue chef de gouvernement si pas sur un malentendu, par un concours de circonstances particulier, elle ne devait que tenir la boutique pendant que d’autres négociaient sa succession sans qu’elle ne fasse partie du casting envisagé. La plus grave crise sanitaire depuis la guerre plus tard, la voilà propulsée en visage et parole des institutions, bien plus qu’un roi contrit ou que son prédécesseur à l’empathie malhabile lors des attentats. Sophie Wilmès, elle, a su trouver le ton juste. Ce n’est plus de la politique. Juste de l’humain.

Cela ne lui garantit pas forcément une grande carrière ; on se souviendra de Marc Verwilghen, empathique et humain lors de la commission Dutroux, personnalité alors largement la plus populaire du Royaume qui deviendra un piètre ministre et sera mêlé à d’étranges affaires.

La défaite cuisante de la N-VA

Inimaginable il y a deux semaines, la Belgique se retrouve avec un gouvernement de plein exercice. On devrait dire d’exercice réduit ou à but unique, avec à sa tête une quasi-inconnue dans la majeure partie du pays, soutenue pour ses pouvoirs spéciaux aussi bien par les libéraux que les marxistes à qui on n’a pourtant rien demandé.

Face à ce qui apparaissait le mois dernier comme un délire inédit, la droite et l’extrême-droite nationalistes flamandes ruminent, maugréent, grognent, pestent, ronchonnent, râlent, rouspètent, bougonnent, grognonnent, grommellent à qui mieux mieux !

La N-VA manœuvre pourtant habilement depuis mai 2018 pour contrecarrer toute coalition dont elle ne donnerait pas le " la ". Bart De Wever a même entrevu un court instant un poste de Premier Ministre et peut-être une réforme de l’état. Tout s’est ensuite grippé, la N-VA prise à son propre piège, écartée, outrée de s’être laissé berner.

Le gouvernement " bleu horizon " (10 libéraux sur 13 ministres !) dispose d’une date de péremption de six mois. Sophie Wilmès reste à l’essai même si elle a marqué ses premiers points.

La N-VA se retrouve coincée entre la majorité de salut public et le Vlaams Belang. Les derniers sondages montrent à suffisance que l’électeur de droite dure préfère l’original à ce qui en est devenu la copie.

Il n’est pas sûr que six mois d’expérience Wilmès 2 permette au parti de Bart De Wever de trouver sa place mais il n’épargnera rien au gouvernement fédéral, se servira du gouvernement flamand et placera le CD & V sous tension extrême.

Il faut déjà savoir qu’après la crise sanitaire, reviendra la crise politique. Même si ces temps incertains pourraient nous apporter d’autres surprises.

 

@PhWalkowiak

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