Belgique et coronavirus: désormais, advienne que pourra

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que la Belgique s’avance en ordre dispersé face à la seconde (deuxième ?) vague de l’épidémie de coronavirus.

Le pays enregistre les chiffres les plus alarmants de tout le continent, Wallonie et Bruxelles battent des records, mais nos dirigeants avancent au " doigt mouillé ", prenant des mesures charriant leur lot de contradictions, avec une adhésion populaire aléatoire. On est bien loin de l’unanimisme (au moins de façade) de mars dernier.

Prof Vandenbroucke

Les protagonistes ne s’en cachent pas : les mesures de restriction prises ont donné lieu à une âpre discussion préalable. Le ministre des Affaires Sociales et de la Santé Publique, Frank Vandenbroucke a lutté pour imposer sa ligne, avec le soutien inconditionnel du Premier Ministre.

Après 10 ans loin de la scène politique, Frank Vandenbroucke (65 ans) a montré aux plus jeunes, ce que certains des plus anciens avaient peut-être oublié : son caractère inflexible, presque dogmatique, confiant en ses certitudes, n’hésitant pas à rappeler que lui est prof d’unif, et que sous-entendu, il appréhende mieux les choses que d’autres. De toutes les excellences présentes au Comité de Concertation, seul… Elio Di Rupo (69 ans) l’a pratiqué, les autres découvrent l’ " animal politique " inflexible et intransigeant, déjà devenu ministre des Affaires Sociales à la fin du siècle dernier, apôtre intraitable et rigoriste de l’ " état social actif " blairiste.

Divisions

Frank Vandenbroucke a pris le leadership de la gestion de la crise, avec le soutien inconditionnel du Premier Ministre. Les autres ne peuvent dès lors que négocier à la marge et tant pis parfois pour la cohérence. Le ministre fédéral de la Santé demeure sûr de son fait, quitte à lancer à la tête de ses contradicteurs des études dont seul lui a connaissance.

Les chiffres sont pires qu’en mars ;  à en croire les décisions ministérielles, les restaurants rouverts depuis juin ne seraient subitement devenus contaminateurs qu’en septembre, qui correspond plutôt à la reprise des activités scolaires et économiques. Wallons et Flamands ont tenté d’infléchir les mesures, de les nuancer, distinguant restaurants des cafés, ce qui pouvait avoir un sens, tant les protocoles et les précautions induisent des comportements différents. Franck Vandenbroucke demeurait intransigeant, campant sur ses certitudes. Les régions ou les secteurs touchés n’obtenaient que la latitude financière de compensations encore vagues.

Entre ce qui peut (ou pas) fonctionner, mettre sous couvre-feu tout un pays (inédit dans toute l’Europe) des quartiers chauds d’Anvers à la forêt d’Anlier, inutile de trouver une cohérence ou une logique.

Le tout nouveau gouvernement fédéral s’est déjà divisé. Le seul MR a fait connaître publiquement sa divergence. Le ministre fédéral des Classes Moyennes (le cœur de cible du parti) a exprimé son amertume, se désolidarisant par là du choix collectif, tout en devant finir par admettre avoir dû avaler la couleuvre.

Son prédécesseur dans la fonction, un certain Denis Ducarme, n’a presque pas hésité à rappeler mâlement qu’ "avec lui, cela ne serait pas passé comme ça". Crispation gouvernementale mais aussi tension au MR.

Au nord du pays, une majorité politique (Vlaams Belang et N-VA) rejette déjà ces mesures présentées comme "belges".

Mais plus généralement, se pose avant tout l’adhésion de la population au nouveau train de mesures, incohérent à bien des niveaux.

Le " c’est comme ça, parce que c’est comme ça " ne saurait suffire. Huit mois de décisions en sens divers mais aussi d’errements politiques (masques, tests, traçages, etc.) ont érodé la confiance d’une population qui a très majoritairement suivi ce que les autorités lui demandaient de faire. Finalement, sans résultat. Le énième appel du Premier Ministre au " bon sens des gens " résonne surtout comme un réel aveu d’impuissance et d’incapacité à agir.

Advienne que pourra…

@PhWalkowiak

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