Belgique, ce pays à l'improbable gouvernance

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

A croire que c’est atavique ! Ce Pays n’en finit pas de se dépêtrer dans une gouvernance improbable. Non pas qu’il y ait de nouvelles magouilles dans l’actualité, mais visiblement les partis politiques n’en sortent pas et ce seront les mêmes qui prendront des airs outragés quand ils découvriront les prochains résultats électoraux.

Un dernier sondage vient encore de rappeler les poussées du Vlaams Belang au nord du pays, et du PTB au sud. Deux formations aux horizons différents mais qui se nourrissent principalement du malgoverno des autres.

Verviers ou la toute-puissance de la particratie

Dans la foulée des nombreuses " affaires " qui l’ont secouée, la Wallonie avait, entre autres, pris la décision de rendre plus transparente la désignation de ses bourgmestres. A la différence de Bruxelles ou de la Flandre (qui envisage de suivre la Wallonie avec 20 ans de retard), ce sont les électeurs-citoyens wallons qui choisissent directement leur mayeur. Une évidence qui a mis du temps à s’imposer au pays de la particratie.

Un différend entre socialistes à Verviers (55.000 habitants) amène à présent le PS (avec la complicité du MR et du cdH) de tenter de tordre le bras de la loi pour imposer un candidat arrivé très loin aux élections. Non pas que Muriel Targnion, que Paul Magnette et les siens tentent d’évincer, présente toutes les vertus cardinales de la saine gestion, mais elle dispose d’une légitimité démocratique que le Conseil d’Etat a été contraint de venir rappeler. Des dispositifs tout à fait légaux existent pour l’évincer " proprement " ; faire passer les intérêts partisans avant la loi se retournera sur ceux-ci qui s’étonneront encore de la montée du vote populiste que leur attitude contribue à nourrir.

Présidents tout (trop) puissants

Dans la même logique, la désignation des ministres par des présidents de parti omnipotents aura rappelé la violence de la politique. La manière dont Valérie De Bue ou Nathalie Muylle ont été traitées par leur président est indigne. Avec ces désignations et leurs conséquences, les présidents n’ont de compte à rendre à personne, et certainement pas aux électeurs. Il suffit de voir le nombre de non-élus (et donc hors choix du citoyen) qui composent le nouvel exécutif fédéral.

Un exécutif qui se présente d’ores et déjà comme pléthorique. Le niveau fédéral perd depuis 30 ans régulièrement des compétences mais entretient toujours le même nombre de ministres ou secrétaires d’État ! Il y a même désormais plus de ministres au " kern " (le cabinet – mal qualifié — restreint) que dans le reste du gouvernement !

Et le reste est à l’avenant : le record de " cabinettards " est largement battu ! 838 personnes. Où est la bonne gouvernance que chacun a à la bouche depuis des années ? Comment oser croire que le citoyen sera dupe et que cela passera crème ?

Le tout alors que le pays vient de vivre 22 (!) mois sans véritable gouvernement fédéral, que cette semaine la Chambre entérinera deux années pleines de budget provisoire.

Par charité, on ne reviendra pas sur la gestion des masques, des tests, des maisons de repos etc. par les pouvoirs publics durant la pandémie de coronavirus qui menace toujours.

Ces arrangements risquent de ruiner notre démocratie. La Belgique est née en 1831 de l’engagement politique des familles libérales et catholiques. Un sondage nous fait savoir aujourd’hui, qu’il y aurait désormais à la Chambre, plus de députés d’extrême-droite que de députés libéraux ou plus de députés d’extrême-gauche que d’élus chrétiens. L’adhésion aux socialistes n’a jamais été aussi faible.

Les fondateurs du pays peuvent se retourner dans leur mausolée, que d’ailleurs pratiquement aucun citoyen ne connaît.

@PhWalkowiak

 

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