Bart, les migrants, la passion : faux débat et vraies questions

La question de l’accueil des migrants  est de nouveau au centre du débat politique après une carte blanche très commentée  de Bart de Wever dans le journal De Morgen. Une question qui divise aussi les familles ou les groupes d’amis.

Pourquoi nous obsède-t-elle à ce point cette question de l’accueil des migrants ? Nous en avons déjà parlé lundi. J’avais également écrit sur ce thème au mois de décembre et la première fois le 24 octobre 2017. Ce matin en prenant mon clavier j’étais partagé entre deux sentiments. La crainte d’être répétitif et l’impression désagréable que ce débat nous échappe. Qu’il est en train de quitter le terrain rationnel pour entrer dans une sorte de drame national où se jouerait notre vision de la société. Sur les réseaux sociaux le grand dérapage est en cours depuis quelques semaines. Le débat voudrait cristalliser une nouvelle figure de l’ historique opposition entre droite et  gauche. C’est manichéen, alors que le débat est surtout moral et juridique avant d’être politique, mais c’est une réalité que nous devons bien constater. Le clivage en devient abyssal et caricatural. Bobos d’un côté, fachos de l’autre, on s’accuse mutuellement de collaboration. On s’insulte, on se bloque, on se menace. On lit des horreurs. " Tu ne viendras pas pleurer quand ta femme ou ta fille se feront violer. " Un mélange de menace, de haine, de bêtise. Ceux qui postent de telles phrases devraient avoir honte.

Dans ce contexte la carte blanche de Bart De Wever n’apaise pas le climat

Elle a pour but de polariser l’opinion. C’est même explicite puisque Bart De Wever oppose gauche et droite, quand il somme la gauche de choisir entre la sécurité sociale et l’ouverture des frontières.  Que Bart de Wever construise son positionnement politique en stigmatisant un ennemi potentiel est une grosse ficelle bien connue. Hier la Flandre allait mal à cause des transferts vers la Wallonie. Aujourd'hui que la NVA occupe une position dominante au sein du fédéral, c’est la sécurité sociale qui va mal à cause de l'immigration. Cela pourrait me rappeler des affiches. Celle du Front National en France dans les années 80 : un million de chômeurs c’est un million d’immigrés en trop. Celle de la propagande nazie dans les années 30 : 500 000 chômeurs, 400 000 juifs, la solution est simple. Mais non ! En utilisant ces comparaisons je tombe dans l'irrationnel, je suis moi-même caricatural, je ne permets pas l'échange d’arguments, et je trahis ma propre pensée puisque je ne compare pas moi, l’expression de Bart De Wever, à celle d’un parti fasciste. Nous avons la grande chance en Belgique de vivre dans un système démocratique. Nous devons tous faire l’effort d'élever le débat, si nous voulons y rester. C’est vrai pour les présidents de parti et les parlementaires, comme pour les contributeurs des réseaux sociaux.

Plaidoyer pour un débat sur le fond

Ce débat est possible, souhaitable, indispensable, en discutant des idées et pas des hommes qui les portent. Par rapport à la carte blanche de Bart De Wever on peut opposer la vérité des faits. Par exemple en rappelant que ce ne sont pas quelques centaines de migrants qui mettent la sécurité sociale dans le rouge, nous y arrivons très bien seuls et depuis longtemps. Que de nombreuses études économiques démontrent que l’immigration contribue au développement économique. En rappelant qu’historiquement la Belgique doit beaucoup à l'immigration. Les Italiens qui ont creusé les mines, les marocains qui ont construit le métro. Et que surtout personne ne parle d’ouvrir les frontières. Et là il y a une énorme entourloupe. Le débat porte depuis septembre sur l'accueil de quelques centaines de personnes qui, qu’on le veuille ou non, sont déjà là, dont une partie pourrait avoir droit au statut de réfugiés et dont l’obsession est de rejoindre l'Angleterre, pas de s’installer durablement en Belgique.  Que fait-on de ces gens-là ?  L’Etat fédéral a-t-il le droit de s’en laver les  mains ? Est-il normal que des citoyens fassent le job à sa place ? Peut-on renvoyer une personne en danger dans un pays à risque ?  Aider un étranger en situation illégale est-il contraire à la loi ? En parlant d’ouvrir les frontières le président de la NVA a honteusement déplacé la question. Il a agité le chiffon rouge. Et tout le monde a plongé.

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