Avant ses 18 ans, 1 sportif sur 7 subit des violences sexuelles

Avant ses 18 ans, 1 sportif sur 7 subit des violences sexuelles
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Avant ses 18 ans, 1 sportif sur 7 subit des violences sexuelles - © Tous droits réservés

Les chiffres sont affolants. Athlétisme, natation, football, sports individuels ou sports collectifs, amateurs ou professionnels, toutes les disciplines sont touchées par un véritable fléau : les violences sexuelles dans le sport. L’enquête de notre confrère français Pierre Emmanuel Luneau-Daurignac est édifiante. Fille ou garçon, avant ses dix-huit ans, un sportif sur sept subit ces violences.

Depuis peu, les révélations d’agressions sexuelles se multiplient dans le sport. D’anciens athlètes ont trouvé la force de parler. L’enquête diffusée par votre magazine #Investigation laisse une large place à ces témoignages. Ils sont glaçants mais nécessaires. Paul Stewart, est un ancien footballeur anglais de renom, il a joué à Manchester City et à Tottenham. Mais ce que l’on découvre, c’est que cet athlète de haut niveau a été violé par un de ses entraîneurs de l’âge de 10 ans et jusqu’à ses 14 ans.

En Angleterre, la parole de l’un a libéré la parole de l’autre et, au total, la cellule spécialisée dans les affaires de pédophilie a eu à connaître 3000 affaires. Trois cents suspects ont été identifiés. Des procès sont en cours. Trois cent cinquante clubs de football, amateurs ou professionnels, sont impliqués.

Pourquoi cette loi du silence ?

Les sociologues et psychologues qui travaillent sur ce phénomène sont encore peu nombreux – seulement une quinzaine –, mais ils espèrent que les mentalités vont évoluer. Ils affirment qu’il est grand temps que la parole se libère.

L’un d’entre eux, Greg Décamps, psychologue du sport dans une Université de Bordeaux pose le constat que, depuis des décennies, on mettait un couvercle sur le sujet pour éviter que cela déborde. Et que tout cela arrangeait bien les instances sportives.

Les facteurs qui facilitent les actes criminels dans le sport et le silence qui les entourent sont nombreux : pouvoir de l’entraîneur, habitude de la souffrance pour les athlètes de haut niveau, culture de l’obéissance, rêves de gloire et pression des parents.

USA Swimming ou comment dissimuler des faits et protéger des agresseurs

La fédération américaine de natation – avec, à sa tête durant de longues années, Chuck Wielgus – est passée maître dans l’art de dissimuler les faits, protéger les agresseurs et museler les très nombreuses victimes. L’enquête prouve point par point comment une association sportive à but non lucratif est devenue une fédération sportive générant de solides profits.

L’argent passe par les médailles et cela, aux yeux d’USA Swimming, justifie visiblement tout. La fédération américaine de natation ira jusqu’à créer sa propre compagnie d’assurances, USSIC, qu’elle domiciliera à la Barbarde, une île des Caraïbes, pour éviter les poursuites judiciaires.

On verse alors aux victimes ou à leurs parents 100.000 dollars si elles signent un accord de confidentialité et renoncent aux poursuites judiciaires.

USA Swimming aura également recours à un cabinet de lobbying pour bloquer une loi en faveur des victimes.

Le Comité International Olympique est-il frileux ?

L’interview choc de ce magazine #Investigation est celle de Susan Greinig, responsable du programme médical au CIO. Elle affirme que des enquêtes sont menées auprès des fédérations internationales, afin de vérifier que la prise en charge des victimes, l’éducation des athlètes et des entraîneurs est bien une priorité.

Mais aucun contrôle de terrain, aucune pression, le tout passe par le dialogue. Selon elle, c’est largement suffisant. Alors quand on tente de l’interroger sur les dérives observées dans la gymnastique américaine, la natation ou le taekwondo, elle préfère se lever… et partir ! Silence encore…

L'enquête complète de #Investigation